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Le LIBAN, entre pessimisme et espérance, le pays essaye de se reconstruire quand le son des mortiers et les bombes se font entendre à sa frontière…

Que gagnerait-il à entrer (malgré lui) dans le conflit actuel opposant le HAMAS à Israël ?

Le Sud Liban est pris en tenaille entre Tsahal et le Hezbollah. Le « Parti de Dieu », un Etat dans l’Etat, faiseur de rois et de guerre, divise le pays et le maintient dans un équilibre toujours précaire. Si le Liban devait entrer en guerre, contre son gré, il serait complètement ruiné…

Il manque des mots pour analyser ce qui se passe actuellement au Liban. Le pays s’enfonce dans une crise aux dimensions multiples. Rien aujourd’hui ne semble arrêter ce mouvement. Les biens les plus élémentaires manquent. Le pays dépend de la débrouille de ses habitants et de l’aide extérieure. 33 % des Libanais sont au chômage (dont 36 % des jeunes), et environ 15 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. La chute des revenus contribue à l’intensification de la crise économique ainsi qu’à l’appauvrissement de la population. Les Libanais font la queue des heures dans l’espoir de trouver de l’essence ou du mazout pour leurs générateurs électriques. Les mères ont du mal à trouver du lait pour bébé. Une bénévole évoque son angoisse : « On a peur que mes parents manquent de médicaments pour leurs traitements. Au début on avait surtout besoin de consommables hospitaliers, mais maintenant les gens ont faim. On n’a jamais connu ça au Liban, même pendant la guerre civile ! » De nombreux Libanais, et parmi eux les plus jeunes, décident de quitter le pays. Entre résistance et résilience, les Libanais croient encore possible un changement significatif.

Le Liban n’a toujours pas de Président. Le Gouvernement actuel gère les affaires courantes ; et le Hezbollah est à la manœuvre avec le Parti Amal.

La guerre des années 1975 prend fin avec les Accords de Taëf en 1989 ; point de départ des causes profondes de la crise actuelle, qui eut pour conséquences le confessionalisme amorcé par le Pacte national en 1943. Un double jeu d’équilibre se met alors en place en accordant un rôle politique à chacun selon le poids social et démographique, et garantissant des postes administratifs de la même manière.

Les Libanais partagés sur la question de l’abolition du confessionnalisme estiment qu’il faut revenir sur les accords antérieurs et sur la Constitution en raison des bouleversements démographiques. Jusqu’alors le système permettait aux chrétiens de se maintenir dans une position forte lui garantissant une certaine primauté, un poids politique et social. Mais la forte natalité dans les communautés musulmanes et une forte émigration des chrétiens font que le Liban jusqu’alors essentiellement chrétien devient majoritairement musulman. Ces derniers considèrent qu’ils sont sous représentés par rapport à leur poids réel. Un tel changement marginaliserait les chrétiens et leur leadership laissant les sunnites et les chiites face à face ; scénario redouté avec l’émergence du Hezbollah devenu un acteur politique majeur.

Désirant construire une identité nationale le pays pourrait sortir du malaise économique et de ce qui le ronge. Pour cela un changement radical de système est attendu pour rétablir l’égalité, mettre fin à la corruption et créer une véritable citoyenneté. Cependant, pour sortir de la corruption, du favoritisme ou du népotisme, il faudrait une véritable volonté politique. Mais les hommes politiques ne veulent pas trouver de solution car cela irait à l’encontre de leurs intérêts, de réflexes communautaires favorisant l’impasse et l’asphyxie sociale.

Les années de guerre favorisent un sentiment de repli communautaire et entretiennent la peur de l’Autre. Il est encore difficile de pouvoir éditer un manuel d’Histoire du Liban tant la lecture des événements reste complexes. Imaginer l’émergence d’une identité, bâtir un projet commun, élaborer les contours de ce que pourrait être une citoyenneté reste difficile.

Les jeunes sont les acteurs d’une identité nationale renouvelée tenant moins compte des clivages parce que sortis du cercle vicieux communautaire. Ils sont le levain pour que ce pays avance dans l’espérance. Certains souhaiteraient ouvrir la voie à un renouveau démocratique en adoptant un système laïc où chacun serait invité à dépasser ses appartenances pour tisser des liens avec les membres des autres communautés, et entrer dans une dynamique de la rencontre et du dialogue.

L’explosion a réveillé chez les Libanais la conscience que leur identité avait été blessée. Le pays aujourd’hui est toujours en grande difficulté. « Partir ? Pour aller où ? Cela fait soixante-dix ans que je vis ici », s’écrie un habitant du quartier.

Mgr Essayan, évêque des Latins, estime qu’il faut changer de mentalité. « La question à se poser est la suivante : quel Liban voulons-nous ? Est-ce que, oui ou non, chrétiens et musulmans, veulent vivre ensemble ? » Il espère que la traversée de cet enfer sera possible grâce aux jeunes générations de chrétiens et de musulmans libanais. Une invitation à préparer le Liban de demain, reconstruit et en état de marche.

« Le passé s’appelle haine et l’avenir se nomme amour ! » (Victor HUGO)

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