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Correspondre ou avoir le courage d’être bien ajusté

Dans l’attente de l’élection du nouveau Pape pour ces Temps troublés

J’ai toujours voulu correspondre… En soi, « correspondre » serait plutôt un bien, quelque chose de positif comme le terme « tolérance ». Ce dernier d’ailleurs est à double tranchant. CE qui est toléré n’est pas forcément et pleinement admis. On accepte ; donc « on tolère » la présence de quelqu’un, ce qu’il dit et ce qu’il défend. Ce n’est pas de l’amour et de l’amitié. Ce n’est pas non plus du respect… C’est un je-ne-sais-quoi pour « être dans une semi relation » trouble, et selon moi suspecte. Le terme « correspondre » est à peu près du même tonneau.

« Correspondre » ce n’est pas être ce que l’on est c’est devenir ce que l’autre attend de nous. C’est donner des gages pour que mon vis-à-vis puisse agréer ma présence, notre relation et « notre chemin commun ». Là est l’ambiguïté car si « on correspond » nous ne sommes pas forcément dans la vérité, dans la justesse de la relation ; et alors on se masque le visage comme dans le théâtre grec devenant une « persona », un autre jouant un rôle ou plusieurs rôles distincts dans une journée. Ils se succèdent allègrement. La Vérité dont parle Jésus devant Ponce Pilate est différente. Elle affirme. Elle dispose. Elle dit la réalité d’une chose ou d’une personne au risque de ne pas être accepté et compris ; et au risque de sa vie.

Aujourd’hui, il est difficile d’être ce que l’on est ; et sans doute est-ce transversal aux siècles et aux saisons passées au gré de l’Histoire. Il est difficile d’être pro palestinien ou prosioniste, d’être de Gauche ou de Droite, d’être catholique ou juif ou musulman. Il est compliqué d’être gay. Il est difficile d’être une chose et une autre. Il est hardi d’oser une parole, de se poster à cet endroit, d’essayer d’équilibrer son propose au risque encore d’être vilipendé, agressé, insulté, d’être traité d’antisémite ou de raciste, de sexiste, d’homophobe. La vérité de ce que l’on est serait sans doute le seul chemin à prendre plutôt que celui des compromissions, es ajustements, des fards de la politique ou du savoir être en société pour plaire…, pour ne pas déplaire. C’est ce que j’ai fait la majeure partie de ma vie. J’ai vécu en vérité, mais aussi caché, apeuré, un peu vil et un peu couard espérant me faire apprécier et aimer des autres ; et tout compte fait de la majorité. Or, quand on gratte un peu le vernis des relations, je remarque que cela est bien superficiel ; et que j’ai donc perdu du temps, de la vérité vraie, des relations ajustées et des décisions qui engageaient ma vie pour être heureux.

De dire cela me approche ce matin du Pape François. Il n’a jamais craint de dire ce qu’il pensait, de parler en vérité ; et sans doute parfois l’a-t-il fait de façon maladroite et autoritaire. Il n’a pas eu peur de s’engager pour les migrants, les réfugiés, les exilés, les pauvres, de parler des homosexuels (de façon mi-figue mi-raisin, il est vrai).

Au moment où le Monde se tourne vers Rome dans l’attente d’un prochain Pape, je souhaiterais revenir sur ce qu’il a tracé comme route en allant lors de son premier voyage à Lampedusa auprès des exilés et lors de son voyage à Marseille se tournant vers les migrants et les pauvres. Il a été proche des petits, des pauvres, des réfugiés, des exilés… cherchant à jeter des ponts entre les religions et les deux rives de la Méditerranée. Son Encyclique « Fratelli tutti » a été un texte fondateur se rapprochant et devançant la COP  en offrant un texte fort, juste, prophétique, et positif. Il s’est prononcé pour les Palestiniens en se rendant en Israël, en s’arrêtant à Bethléem, et contre le déplacement des populations de Gaza vers des camps. Il s’est rendu au risque de sa vie en Irak pour soutenir les populations. Il a remis la Curie sur des rails nécessaires, et dit aux Gouvernants des vérités crues et fondées. Il ne s’est jamais dérobé en essayant de préserver autant que faire se peut la charité.

Il a nommé autour de la Méditerranée des Cardinaux (j’en connais pas mal personnellement) pour faire de ce lieu et de ce « cimetière » à l’air libre un espace de convivialité et de rencontre. Ces nominations à Jérusalem, Rabat, Alger, Barcelone, Marseille, Le Caire, Tunis, Ajaccio ne sont pas neutres. Elles disent quelque chose de sa volonté en Méditerranée et contre l’avis des Gouvernements. J’y voit là une source bénéfique pour trouver parmi eux le futur Pape à moins que l’on choisisse le Cardinal Tagle pour marquer les périphéries géographiques de l’Eglise ou un autre Cardinal d’un autre continent. Les Cardinaux en mission autour de la Méditerranée me semblent correspondre, dans la forme et dans le fond, à ce qu’a voulu le Pape François. Pour moi, les deux  premiers enjeux sont de cette élection papale sont la jeunesse et la préservation de l’Unité dans la charité. La jeunesse pour pouvoir avoir le temps de mener concrètement et durablement une mission pastorale et politique. Avec le courage de parler et de proposer un chemin en ouvrant des horizons. L’unité parce que l’Eglise ne peut se diviser et aller à l’encontre de la prière de Jésus. Le chemin pris pour creuser le sillon de l’Unité des chrétiens – surtout avec les Orthodoxes et les Protestants, le compagnonnage fraternel avec les Eglises d’Orient, le chemin fraternel et renouvelé avec les instances du Judaïsme, la charité en action auprès des Pauvres et des petits, la prière et les actions menées pour la paix me semblent être des incontournables.

La France et l’Europe connaissent une recrudescence d’actes homophobes, racistes, islamophobes et antisémites. Les étrangers ne sont plus les bienvenus et la montée des courants identitaires (notamment en France) nous fait craindre le pire pour nos sociétés et pour l’avenir politique de la France et du continent.

Le nouveau Pontife n’est pas celui qui ira satisfaire les besoins d’émancipation d’un monde politique ou sociétal qui voudrait s’affranchir de tout, au point de ne plus correspondre à rien, mais au contraire dire en vérité ce que l’Evangile et le Magistère de l’Eglise ordonnent à l’évêque de Rome de dire et d’affirmer dans son rôle pastoral pour affermir le Peuple chrétien et poser des actes politiques forts comme Chef d’Etat.

On l’aura compris, « correspondre » n’est pas un chemin véritable. Le seul chemin qui vaille me semble être celui qui permet à l’Autre d’exister réellement, d’advenir à lui-même, de pouvoir grandir, de pouvoir se tromper et être pardonné pour avancer en étant toujours un homme/une femme digne et debout. Il ne suffit pas donc de « correspondre » mais d’être « ajusté » à la volonté de Dieu et à sa propre vie pour vivre dans la lumière en liberté et en vérité.

Puisse ce chemin être celui de l’Eglise, et celui pour chacun de nous afin de vivre pleinement ce que nous sommes, et ce à quoi nous sommes appelés à devenir.

Bonne route à chacun de vous !!!

Patrice SABATER PARDO, le 8 mai 2025

dans l’attente d’un prochain évêque de Rome…

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