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Judaïsme – Accompagner des personnes et non des positions  sur la Communauté LGBTQ+.

par | 17 Mai 2025 | Divers | 0 commentaires

La voix d’un jeune rabbin libéral: Josué FERREIRA

A l’occasion du « Mois des fiertés » (anciennement Gay Pride), j’ai voulu interroger les trois religions et certaines associations sur leur regard sur ce quelles sont, et qu’ils sont au regard de leur tradition religieuse, de leur culture et de leurs origines.

C’est au Bar « L’imprévu » (Paris), à l’occasion d’un voyage dans la Capitale que je rencontre le jeune rabbin Josué FERREIRA du Mouvement libéral. Il officie à Montpellier, et à Genève. Il a été formé dans Leo Baeck College de Londres. Il accompagne spirituellement et fraternellement également l’Association française « Beit Haverim ». Tout jeune rabbin, très sensible et humble, délicat et paisible, il accepte de répondre à quelques questions. Il reconnaît que la situation actuelle en Israël et au Proche-Orient ne sont pas porteuses ; et que la dynamique actuelle du Gouvernement est un frein à toute avancée sociale et politique ; mais là n’est pas le cœur du sujet. D’ailleurs ; on n’y reviendra pas.

L’accueil des personnes homosexuelles est-il plus ouvert aujourd’hui ?

Oui, mais n’est pas tout à fait homogène. Sans doute que dans les communautés libérales et Massorti on trouve beaucoup moins de discrimination. La communauté CJL portée par sa fondatrice, le Rabbin Pauline BEBE – première femme rabbin de France – est le lieu le plus inclusif. La proximité avec le quartier historique gay du Marais en est aussi certainement la cause indirecte. Ce n’est évidemment pas la seule raison. Des questions de fond rendent ce lieu plus attractif, ouvert et inclusif pour nombre de personnes. Il y a certainement des progrès à opérer dans toutes ces communautés. Certains rabbins « libéraux » en France et en Europe, hommes et femmes, sont investis dans une autre façon d’aborder le Judaïsme dans la société, de lire la Tradition au fil de l’Histoire et des textes fondamentaux qui fondent sa raison d’être. Une autre façon de vivre la tradition et le Judaïsme cela ne veut pas dire « l’abandon » de ce qui est fondamental mais c’est lui donner un autre regard et une autre expression.

Quel regard sur la communauté gay dans le judaïsme contemporain au-delà du seul Tel-Aviv ? Je note qu’en France aucune synagogue libérale, que je connais, n’a un jour abordé dans ses sermons (« drashots ») l’inclusivité autour de cette question. L’inclusivisme est seulement lié à la place et au rôle de la femme par rapport aux synagogues plus orthodoxes. Serait-ce une « inclusivité a minima » ? Seule se détache, me semble-t-il dans son accueil, sa réflexion, son ouverture et ses positions théologiques et spirituelles la Communauté CJL de Pauline BEBE… C’est vrai ce que tu dis, et certainement il y a encore beaucoup de travail pour que les mentalités dans les communautés juives libérales changent ; et en premier lieu par la position et l’audace courageuse des rabbins. On trouve encore des communautés juives très homophobes ; et y compris en Israël. Il y autant de « gay friendly » et d’homophobes dans les communautés ashkénazes que sépharades. Cela dépend des personnes, des communautés, de l’histoire de chacun et des lieux de vie. Aux Etats-Unis, Steven GREENBERG, rabbin orthodoxe ouvertement gay, a écrit un livre pour aider à comprendre le pourquoi des interdits sexuels, et permettre de réfléchir comment on peut avoir des convictions différentes sur le sujet. Ce livre est devenu une référence dans les milieux progressistes du judaïsme. Ce rabbin a été, néanmoins, longtemps dans le placard, mais aujourd’hui ses prises de position ont fait bouger les lignes en montrant les impasses et l’incompréhension de ce qui est transgressif dans l’homosexualité. Plus la communauté synagogale et le Centre communautaire sont inclusifs, et plus les gays sont nombreux. Ils participent de leurs compétences et charismes, et apportent une autre expression religieuse et sociale au groupe.

Que dire de l’Acte créationnel quand il affirme « Que tout cela était bon ! ». Aurait-il raté sa Création ? Y-aurait-il des personnes (ici, homosexuelles) qui auraient été « ratées », « préserves » ou « évincées de cette belle Création que l’on lit dans Bereshit ? Il a permis, avec d’autres aujourd’hui, une relecture de différents midrashim qui reprennent le récit de la Création où l’Homme est perçu comme un « humain primordial ». Selon un passage du midrash, l’être humain primordial aurait été créé sous la forme d’une ébauche qui remplissait le monde ; cela semblerait indiquer que cet être humain primordial contiendrait déjà en lui tous les potentiels de l’humanité. Ainsi tous les êtres humains, dans leur diversité, seraient déjà contenus en potentiel dans la création de l’être humain primordial. « Je vais créer une « aide » pour Adam (Ish) » ; c’est-à-dire un compagnon sans qu’un Genre soit créé. Les termes en Hébreu sont importants… C’est Adam qui nomme Eve et qui la définit en tant que femme, par rapport à lui. La nature des relations entre les genres ne faisait donc pas nécessairement partie du plan divin, mais dépendait plutôt de la perception des humains.

La perception de l’homosexualité comme « péché ». Ce qui est permis et défendu… Prenons l’exemple du film israélien de Haïm TABAKMAN (2009) « Tu n’aimeras point ». Deux juifs Haredim qui s’aiment. On s’était habitué à deux juifs de Tel Aviv ou à un juif israélien et à un arabe palestinien ; mais deux juifs orthodoxes !

Le « péché » chez les ultra-orthodoxes reste une question de tous les jours. Certains d’entre eux en raison des règles de pureté se rendent au Mikveh tous les matins. Dans d’autres communautés, y compris orthodoxes, on peut y aller moins souvent. On a pensé que c’était en raison du cycle menstruel plus une habitude féminine. Il n’en est rien. De plus en plus d’hommes pratiquent ce rite. Deux versets dans toute la Torah interdisent l’acte homosexuel en tant que tel, mais peut-être il n’y a pas d’interdiction effective dans tous les cas. A regarder de plus près, nous pouvons avoir d’autres façons de comprendre ces versets. Les rabbins Pauline BEBE et Delphine HORVILLEUR ont été à l’avant-garde de cette réflexion inclusive.

En ce qui concerne, la question du mariage et des bénédictions entre deux personnes de même sexe il n’y a aucun problème à CJL-Paris. Bien que pour de nombreux juifs libéraux, les mariages homosexuels soient tout à fait acceptés, il existe encore certaines communautés pour qui c’est un peu plus compliqué. On note malgré tout des positions positives, par exemple, dans les communautés de Bruxelles, de Genève, de Lyon, de Montpellier ou de Cordoue. Les possibilités de mariages mixtes sont possibles dans le cadre d’une cérémonie religieuse qui engage les deux partenaires au cœur du judaïsme. C’est assez « encadré ». Il n’y a pas, par exemple », de contrat de mariage (« Ketouba »).

Le journaliste Jean STERN avait écrit un livre (2017) sur « Mirage gay à Tel Aviv ». Aujourd’hui, il s’apprête dans un contexte différent à aborder la Communauté LGBTQ+ dans les milieux arabes du Proche-Orient et du Maghreb. Les actes homophobes sont aussi nombreux aujourd’hui que les actes antisémites, et l’an dernier en raison des événements du 7 octobre 2023 la participation de l’association LGBTQ+ « Beit Haverim » a été plus encadrée.

Il y a une homophobie interne qui motive des réflexions diverses en termes de péchés, de rapport à la tradition, au judaïsme, aux lois halakhiques et à la perception de soi dans la communauté et dans le monde. Un discours politique se surajoute et une proposition de base plus profonde est en mouvement. Il est sûr et certain que les politiques menées par les Partis les plus extrêmes en Israël ravivent des tensions et favorisent un regard qui portent à la discrimination. Là, encore, la société israélienne est variée, multiple, contrastée et n’est pas homogène. L’Association « Beit Haverim » est un lieu où la communauté gay et ses amis aiment se retrouver pour pouvoir se sentir plus libres, plus à l’aise pour vivre, pour se réunir sans se sentir exclus. Depuis 40 ans, elle fait partie du paysage. Elle est rejointe par diverses associations : « David et Jonathan », « Devenir Un en Christ », « la Communion Béthanie », par « Shams », et « Wasla » … Aujourd’hui, le « Beit » est reconnu par le CRIF tandis que le Consistoire est encore plus frileux, et n’a pas encore franchi concrètement le pas de la reconnaissance et du travail réellement commun pour avancer sur des positions de fond. Cela viendra certainement… Il faut l’espérer !

Entretien avec Patrice SABATER, le mardi 13 mai 2025.

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