Jean SCHALLER, Lauréat du Prix Henri Rol-Tanguy 2025 (ACER)
C’est avec beaucoup d’humilité que j’ai reçu le téléphone de Madame Demougin, il y a quelques jours m’annonçant que le Prix universitaire Henri Rol-Tanguy m’était décerné pour mon travail de Master au sujet des volontaires neuchâtelois lors de la Guerre d’Espagne.
Comme chaque année, depuis 2014, l’Association ACER remet le Prix Henri-Rol-Tanguy, avec le soutien de la Mairie de Paris au cœur de la « Maison des métallos » pour son accueil. Samedi 14 juin nous étions réunis en plein cœur de Paris pour participer à un moment important pour l’ACER et pour la Mémoire liée à la Guerre d’Espagne et aux Brigades internationales. Les missions de l’ACER (Amis des Combattants en Espagne Républicaine), association mémorielle visent à faire connaître l’histoire de la Guerre d’Espagne de 1936 à 1939, et plus particulièrement le rôle des combattants des Brigades Internationales et des Volontaires internationaux. L’ACER rappelle la mémoire et les valeurs de l’engagement des hommes et des femmes, français et étrangers, partis aider et défendre la République espagnole pendant la Guerre d’Espagne.
Cette année le jeune impétrant suisse a eu les honneurs du Journal « L’Humanité » faisant de lui – avec raison – l’Homme du jour ; et ce fut le cas !!!
Ce jury était présidé par Rémi Skoutelsky. En présence de Claire Rol-Tanguy, Secrétaire générale de l’Association, des membres de l’association et ses amis, Françoise Demougin – a souhaité présenter à nouveau ce Prix. « Dans ce souci mémoriel, le Prix Henri-Rol-Tanguy universitaire, à distinguer maintenant du Prix Henri Rol-Tanguy des lycéens attribués pour la première fois en mai dernier, tient une grande place. Il récompense chaque année un travail universitaire francophone de niveau Master 2 traitant des multiples expressions de la solidarité internationale envers l’Espagne républicaine et antifasciste, des Brigades internationales, de la mémoire historique de la Guerre d’Espagne et/ou de ses continuités durant la Seconde guerre mondiale. Son nom rend hommage au grand combattant que fut Henri Rol-Tanguy, Commissaire politique de la XIVème Brigade « La Marseillaise », puis Chef régional des FFI lors de l’insurrection parisienne de 1944. Peuvent candidater à ce Prix les titulaires de travaux francophones ancrés dans différents domaines scientifiques, historiques, linguistiques, littéraires, esthétiques, philosophiques, sociologiques, didactiques. Dites-le autour de vous ! Dites-le à ces jeunes chercheurs qui travaillent de manière désintéressée, pour faire avancer la recherche.
Cette recherche si précieuse aujourd’hui, dans un contexte incertain et menaçant où l’immonde bête se remet à bouger, s’intéresse aux traces laissées par la Guerre d’Espagne. Ce n’est pas vous faire injure, bien au contraire, cher Jean Schaller, que de rappeler que cette année cinq Mémoires ont concouru, cinq Mémoires de grande qualité, consacrés aux sujets suivants : « La transmission de la mémoire dans les familles descendantes de victimes du franquisme en France et en Espagne » (Ines GOMEZ GALLARDO), « l’Itinéraire de l’engagement antifranquiste de Jordi Solé Tura » (Pablo GIL VALERO), ou encore Identités et perceptions des volontaires des émigrations polonaises dans les Brigades Internationales (1936-1996) (Louis COSNARD), ou enfin « Les Lions de rota » dans la Guerre civile d’Espagne (années 1930-1950). Ce dernier Mémoire, rédigé par Etienne KOGAN, s’est vu décerner par le jury un accessit honorifique.
J’ai employé supra le mot « trace » ; il est important car seules les traces, qui sont davantage que des preuves, font rêver. Vous reconnaissez sans doute le verbe de René Char. Ces traces que vous avez traquées, exhumées, fait parler, elles sont, au-delà du rêve, le seuil, le moment juste avant celui de la disparition, de l’oubli. Nous sommes là, toutes et tous, et le Prix Henri Rol-Tanguy est là pour éviter l’effacement. Éviter l’effacement d’abord, souvent, d’un parent auquel on se sent lié, mais qui ne nous donne aucune légitimité particulière sinon celle de s’entêter à chercher, mais éviter surtout l’effacement de luttes justes, menées au nom de la fraternité et de la justice. C’est cet effacement-là qui fait peur et qu’il nous faut combattre. Surtout aujourd’hui que des politiciens, des journaleux, des historiens aussi, s’emploient, depuis longtemps à vrai dire, mais on les entend davantage, à salir la mémoire des républicains espagnols et des volontaires internationaux ».
Cette année, le Prix a été décerné à Jean Schaller. Il a soutenu son Mémoire, rédigé sous la direction du Professeur Thomas Bouchet, le 9 juillet 2024 à l’Université de Lausanne (UNIL), dans l’UFR : Institut d’Études politiques (IEP), à la Faculté des Sciences sociales et politiques. « Ce Mémoire est aujourd’hui récompensé par le Prix Henri Rol-Tanguy, à l’unanimité du jury. C’est dire s’il a été apprécié par les membres du jury, tant pour sa forme, que pour sa rigueur et son angle d’attaque nouveau. Vous vous êtes intéressé aux volontaires neuchâtelois lors de la Guerre d’Espagne (1936-1939), à des combattants qui n’ont rêvé d’aucune gloire militaire et qui auraient pu dire, comme l’Émir Abdelkader après la bataille de Sidi Brahim : « Je n’ai point fait les événements, ce sont les événements qui m’ont fait ce que j’ai été ». Je voudrais vous dire, au nom du jury et au nom de l’ACER, combien nous sommes heureux de remettre ce prix à un étudiant francophone, suisse. Cela n’a pas pesé dans notre délibération bien évidemment mais voir ce prix sortir de nos frontières françaises est un grand contentement. C’est le signe que ses racines donnent de belles récoltes. Dans votre travail, vous avez rappelé combien la Guerre d’Espagne est un moment important dans l’histoire humaine, un moment différent, dans son existence comme dans ses conséquences. Ce faisant, vous nous dites aussi que la nuit des hommes n’est pas toujours irrémédiable et définitive, elle ressemble au soleil qui s’enfonce chaque jour dans la mer pour réapparaître à l’aurore. Et vous rendez la lumière à ces volontaires que menacent l’oubli, le reniement, les surenchères ou la haine. Pour cela, et pour tout ce que j’ai rappelé, et peut-être pour ce que j’ai oublié, le jury a décidé que votre mémoire réunissait pleinement les critères scientifiques requis pour le Prix Henri Rol-Tanguy. Bravo à vous, Jean Schaller. Et merci à vous ».
Au discours de la Présidente a répondu le jeune lauréat en présence de sa famille et de son ami d’enfance venus spécialement de Suisse, avant de recevoir des mains de Claire Rol-Tanguy, le Prix et une enveloppe de 2000 €.
« C’est avec beaucoup d’humilité que j’ai reçu le téléphone de Madame Demougin, il y a quelques jours m’annonçant que le Prix universitaire Henri Rol-Tanguy m’était décerné pour mon travail de Master au sujet des volontaires neuchâtelois lors de la Guerre d’Espagne. Me voilà lauréat d’un Prix – pour moi – étranger, récompensant un Mémoire qui a justement cherché à présenter et comprendre les spécificités régionales de l’engagement antifasciste international. En d’autres mots, comment celui-ci s’articule dans un processus social à une échelle locale, qui, au travers de différents mécanismes, ouvre une fenêtre sur l’Espagne. Car c’est bien cela qui permet de concrétiser le départ par l’intermédiaire de l’intégration de l’individu dans des réseaux majoritairement communistes. Vous m’avez ainsi fait un grand honneur, et le grand privilège de faire de moi le premier lauréat étranger. J’en suis très touché et je tiens à vous exprimer ma plus grande gratitude. Lauréat, moi, qui ai grandi dans cette région, celle que je décris dans mon travail, bien lointaine de Paris mais surtout d’Albacete, de Barcelone et de Madrid.
En réalité, c’est pourquoi, Mesdames et Messieurs, cher jury, chers invités et chère famille et ami, que je me sens particulièrement touché d’avoir reçu le Prix Henri Rol-Tanguy puisque celui-ci ne fait pas que reconnaître certaines qualités de mon travail, mais cultive surtout la mémoire des volontaires de Neuchâtel et fait honneur à leur sacrifice. En venant ici, à Paris, je me suis souvenu du loclois Aloïs Neuenschwander, qui y passe en revenant d’Espagne pour fuir momentanément les autorités suisses et qui connaît la mendicité dans la capitale. Quand je passe au Locle, il m’est désormais également difficile de ne pas penser à Charles Frutiger s’afférant aux départs des volontaires par le biais de la filière clandestine qu’il a mise en place.
C’est en cela que je me sens, Mesdames et Messieurs, particulièrement touché par ce Prix, qui ne fait que rappeler à notre mémoire le combat singulier des volontaires internationaux en Espagne. Je tiens ainsi à encore remercier chaleureusement les personnes de l’Université de Lausanne et d’ailleurs qui m’ont encadrées et soutenus lors de ce travail : mon Directeur, Thomas Bouchet, mon expert, François Vallotton mais aussi Bernard Voutat et Mounia Bennani-Chraïbi qui m’ont aiguillé et manifesté un intérêt sincère, de même que Stefanie Prezioso et Ami-Jacques Rapin. Les échanges que j’ai eu avec Madame Claire Rol-Tanguy ont également été particulièrement riches et ont apporté des qualités indéniables à ce travail. C’est d’ailleurs sur sa proposition que je l’ai mis en concours : je tiens ainsi à la remercier chaleureusement. Jean Schaller ».
L’après-midi s’est terminée dans la joie de compter parmi la famille de l’ACER et de ses désormais nombreux jeunes lauréats un membre de plus. Les Brigades internationales ont été un levier étranger efficace et fraternel venu des quatre coins du Monde, et cette année voilà qu’un jeune Suisse vient nous rappeler que tout proche de nous des Européens ont contribué à écrire cette belle et glorieuse page d’Histoire. Merci beaucoup à Jean Schaller ! Nous attendons déjà le cru de 2026, ainsi que le Prix désormais remis depuis cette année aux Lycéens en Bachibac…


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