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Les Libanais otages d’une guerre dont ils ne veulent pas

par | 6 Déc 2024 | Recension | 0 commentaires

D’une manière générale, les Libanais, toutes religions et confessions confondues, ressentent cette guerre, comme un conflit entre deux partis religieux extrémistes.

D’un côté, le Hezbollah libanais, qui avec l’appui du régime iranien se définit comme le parti de Dieu, décidant unilatéralement d’entrer en conflit avec l’Etat juif ; de l’autre les colons juifs israéliens du gouvernement Netanyahou qui se justifient en se référant à la Sainte écriture : Dieux nous a donné la terre, c’est écrit dans la Bible. « On n’aime ni l’un ni l’autre, martèle un commerçant sunnite de Beyrouth : « ni le Hezbollah, ni Israël qu’on rejette en bloc. »

Exceptée la direction du Hezbollah, les communautés libanaises déplorent cette situation d’horreur, où des innocents meurent chaque jour, victimes de l’aviation israélienne. C’est le cas de Djibril, un chiite trentenaire qui a quitté sa ville de Tyr pour se réfugier au Nord-Liban, comme plus d’un million de Libanais du Sud. « Ce sont des chrétiens qui nous ont accueilli, confie le garçon, les Israéliens ont au moins réussi à fédérer les deux religions. »

Fin septembre dernier, l’armée israélienne a déclenché une offensive terrestre au Liban, Sur la route qui longe la mer en remontant vers le nord, un embouteillage monstre paralyse le trafic. «. Nous ne voulions pas partir, assure Djibril, malgré l’ordre lancé par Israël. C’est en voyant de nos fenêtres les premières maisons partir en fumée, que nous nous sommes décidés. »

A Debel, 3000 habitants à 85% chrétienne, situé à 3km de la frontière israélienne, le Père Fady Felfily, continue chaque dimanche de célébrer sa messe : « Ici, Il reste environ un peu moins  de 400 personnes, en majorité des gens âgés. La semaine dernière, une bombe est tombée sur une maison, décimant une famille, qui pourtant n’avaient rien à voir avec le Hezbollah. Tout ce que nous voulons, c’est pouvoir cultiver nos champs en paix, et envoyer nos enfants à l’école. »

La famille de Rouah a quitté Debel pour venir se réfugier au nord, chez une sœur aînée. Une situation bien difficile à supporter raconte cette mère de trois enfants. « Les bombes israéliennes ont pollué nos champs, nos récoltes sont invendables, et une grande partie de nos oliviers sont calcinés. Nous logeons à douze dans un petit appartement, serrés les uns contre les autres, sans intimité. » 

C’est sur la frontière israélienne, à Rmeich, une ville chrétienne de 5000 habitants, que Sandy Jarjour, une assistante sociale habite, avec son mari et sa fille de 5 ans : Nous pouvons encore manger, et trouver des médicaments, mais pour combien de temps ? Si nous partons, pourrons nous revenir et quand ? »

Chez les chrétiens, « on considère que le Liban a suffisamment donné pour la cause palestinienne (*) confie une personnalité connue sous couvert d’anonymat. Le problème c’est que dans le camp d’en face, celui du Hezbollah et de ses alliés, on sort aussitôt l’argument de l’unité et de la solidarité. Difficile de s’exprimer sans retomber dans les éternelles polémiques, nuisibles au Liban, au risque de se faire lyncher … »  Tout est dit.

© Luc Balbont, Journaliste à Beyrouth
(*) la guerre civile de 1975-1990 avait été déclenchée par des affrontements entre miliciens chrétiens et combattants palestiniens.

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