Depuis le 8 octobre 2023, le Liban est déchiré par la guerre qui oppose le Hezbollah à Israël.
Plus de 3 750 morts et près de 15 600 blessés côté libanais, sans compter les disparus et le 1,2 million de déplacés.
Guerre qui s’est intensifiée depuis le 17 septembre dernier et a déjà fait plus de 3 750 morts et près de 15 600 blessés côté libanais, sans compter les disparus et le 1,2 million de déplacés.
Fidèle à lui-même, le pays traverse cette tragédie de façon paradoxale. Tandis que des régions sont dévastées, tel le Sud, d’autres vivent loin du fracas des armes, sans paraître s’en préoccuper. L’insouciance n’est qu’apparente. Qu’un avion israélien franchisse le mur du son à en faire trembler les bâtisses, et tout le monde se fige, tétanisé. Les traumatismes liés à la guerre de 1975, ou à l’explosion du port en 2020, refont immédiatement surface. Aux regards scrutateurs, à l’angoisse palpable qui se répand soudain, il est possible de mesurer à quel point la population est ébranlée. À bout ! Lasse de ces crises à répétition. Fatiguée de ne pouvoir envisager un avenir serein pour ses enfants.
À l’instar des sociétés occidentales, elle est également fracturée. Il y a ceux qui se réjouissent, secrètement, de l’intervention israélienne qu’ils jugent salutaire, quoique destructrice, car elle devrait, selon eux, les débarrasser du Hezbollah qu’ils considèrent responsable des maux du pays. Et il y a ceux qui sont abattus, affectés par la disparition de Hassan Nasrallah qu’ils jugeaient être un rempart précieux contre les visées hégémoniques du voisin sioniste et les plans de remodelage du Moyen-Orient.
Les contradictions s’expriment jusque dans l’attitude vis-à-vis des déplacés. Par endroit, des cheikhs commentent avoir été surpris et édifiés par l’accueil généreux que les chrétiens ont réservé à la communauté chiite qu’ils auraient pu estimer « coupable » du conflit qui secoue le Liban, du fait de son soutien (plus ou moins appuyé) au Hezbollah. Ailleurs, ces mêmes chrétiens ont vu dans l’afflux de déplacés une manne financière et n’ont pas hésité à louer à des malheureux – chrétiens ou musulmans – qui avaient tout perdu, des logements à des prix indécents, appliquant, sans état d’âme, la loi de l’offre et de la demande.
Quant aux sentiments des Libanais, ils sont mitigés. D’un côté, ils ont de la compassion pour ces compatriotes durement éprouvés. De l’autre, ils craignent de les voir introduire une menace dans des zones jusqu’ici épargnées, si jamais ils cachaient parmi eux des combattants ou des armes. Et ils s’inquiètent à l’idée qu’ils pourraient ne pas repartir chez eux, modifiant ainsi définitivement le visage et les habitudes des régions qui leur ont ouvert leurs portes.
Malgré tout, les Libanais continuent de vivre, les yeux rivés sur leurs smartphones pour lire les alertes, se tenir au courant des lieux qui vont être bombardés, s’assurer qu’aucun proche ne s’y trouve. Déjà accoutumés au bourdonnement incessant des drones israéliens de surveillance qui leur vrille le cerveau en permanence, ils sont presque soucieux quand un certain silence règne enfin.
Nathalie Duplan,
Journaliste et auteure à Beyrouth


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