ACER – PRIX aux lycéens 2025 au Lycée Montaigne (Paris), le 16 Mai 2025
« Les morts instruisent les vivants » (Chateaubriant)
L’Association ACER avait jusqu’alors remis chaque année le Prix Henri Rol-Tanguy aux étudiants. Cette année l’Association s’est tournée vers les Lycéens de la Région parisienne comme première étape avant de s’ouvrir au reste de la France. Ces élèves étudient à la fois le Français et l’Espagnol pour obtenir un « Bachibac » (délivrance simultanée du Baccalauréat français et du Bachillerato espagnol (Bac espagnol)).
Nous étions réunis dans le petit Amphithéâtre du célèbre Lycée Montaigne de Paris autour de la Présidente du Jury Madame Hélène Rol-Tanguy, de l’ancienne Sénatrice communiste Laurence Cohen et d’une représentante de l’Ambassade d’Espagne, de Michel – fils de Lise et d’Arthur London, parmi d’autres invités. Le Jury a eu beaucoup de courage pour élire le Lycée remportant le Prix 2025. Un jury composé de membres (professeurs, d’une représentante de l’Ambassade d’Espagne, de Victor Vendries – Adjoint au chef du département de la mémoire & de la citoyenneté chez ONaCVG). De nombreux membres de l’ACER étaient présents à cette rencontre parmi lesquels Claire Rol-Tanguy, Secrétaire générale de l’association, et de son frère Francis.
Mari Lou Mora, professeur d’Espagnol de l’Association ACER, et José Gomez – professeur du Lycée Montaigne et organisateur de l’évènement ont présenté cette séquence heureuse et mémorielle.
Un travail d’histoire et de mémoire nécessaire dans un monde qui ne regarde plus vers le passé, et qui est aujourd’hui plongé dans une dynamique toujours plus active autour des identités néo-fascistes dans toute l’Europe, le Monde… ; et en Espagne compris avec le Parti politique néo-franquiste VOX.
Ces élèves se sont constitués en groupes de trois lycéens abordant un panel de sujets possibles. Ils étaient libres de leur choix. Les professeurs les ont aidés à trouver un sujet, à dégager une problématique en vue d’accomplir une production de très bonne qualité. Après chaque présentation les élèves étaient appelés à répondre dans la langue utilisée par le membre du jury.
Le Lycée international de Palaiseau Paris-Saclay avait choisi, une figure de l’Anarchisme espagnol, née à Barcelona : Concepción Liaño Gil plus connue sous le nom de « Concha Liaño ». Ils ont retracé son parcours de résistante et d’engagement depuis l’Espagne en passant par la résistance en France, et jusqu’au Venezuela. Ils ont réalisé un journal suite à un long processus et intense avec une réflexion de fond sur le sujet. Ils ont présenté dans un jeu de scène alerte la rencontre entre trois jeunes ayant une histoire commune autour de la Guerre d’Espagne et de leurs recherches dans l’optique de ce Prix.
Le Lycée Eugène Delacroix, de Maisons-Alfort, s’est intéressé sur les « traces de l’histoire d’un Républicain » (« Huellas de una historia republicano »). Comment la mémoire personnelle s’intègre-t-elle dans la mémoire collective ? Une réflexion à partir du film de Ken Loach « Tierra de Libertad ». L’élaboration d’une caisse était le vecteur de la mémoire comme lien entre hier et aujourd’hui pour guider le lecteur dans un véritable parcours de la Mémoire historique ; et mémoire de personnes engagées pendant la Guerre civile en Espagne. « Qu’est ce qui a permis de s’approprier ce personnage au point de l’inventer après « La semaine tragique de Barcelone » (entre le 26 juillet et le 2 août 1909) ? Le but était de faire revivre la mémoire à travers une boîte d’un personnage fictif représentant des milliers d’autres histoires. Papiers et photos jaunies, objets, cartes étaient les éléments de cette boîte pour se souvenir. Ce dernier était encore et toujours une forme de résistance !
Le Lycée Montaigne (Paris) a présenté, quant à lui », une thématique autour du photojournalisme. Le travail de recherche s’est centré sur le personnage de Robert CAPA.
Robert Capa, pseudonyme d’Endre Ernő Friedmann. Il fut le compagnon de la photographe Gerda Taro, qui inventa son pseudonyme et lança sa carrière. Il ne s’agit pas d’un personnage mais de deux photographes ne faisant qu’une seule entité au point de ne plus savoir de qui était telle ou telle photo. Gerda mourra sur le front, en Espagne. Ils évoquent largement la légendaire « valise mexicaine » de Robert Capa contenant des négatifs de la guerre d’Espagne. « L’annonce officielle en 2008 de la redécouverte de cette valise – constituée en réalité de trois petites boîtes –, dont la trace avait été perdue depuis 1939, a provoqué un engouement considérable dans l’univers du photoreportage et de la recherche historique. Après plus de soixante-dix années de pérégrinations rocambolesques et de péripéties diverses, elle révélait son extraordinaire contenu : 4500 négatifs d’images de la guerre civile espagnole, prises entre 1936 et 1939 par Gerda Taro – compagne de Capa tragiquement disparue en 1937 pendant la bataille de Brunete –, David Seymour, dit Chim et Robert Capa. On y trouve également des clichés du photographe et ami Fred Stein, représentant Taro, des images qui sont devenues, depuis la mort de celle-ci, intimement liées aux images de la guerre elle-même. Une manne de documents en très bon état de conservation, et pour une large part totalement inédits, déployant le panorama détaillé d’un conflit qui a changé le cours de l’histoire européenne ». (DRAC IDF)
L’histoire de Gerda Taro est-elle représentative des femmes de l’époque et durant la Guerre civile ? A cette époque une organisation féministe Mujeres Libres (« Femmes libres » ) est créée en 1936 dans le sillage de « La Generacion del 27 ». Un mouvement très active dans le champ de réflexion et d’action autour de la Révolution sociale. Première organisation féministe autonome prolétarienne qui s’est donné pour but de mettre fin au « triple esclavage des femmes : l’ignorance, le capital et les hommes ». Elles visent à surmonter les obstacles de l’ignorance et de l’inexpérience qui les empêchent de participer en tant qu’égales à la lutte pour une société meilleure, et à combattre la domination des hommes au sein du Mouvement libertaire/anarchiste.
Chaque photographe a eu sa part singulière pour montrer ce qu’était la Guerre d’Espagne et ses conséquences. Chacun y apporte soin grain et son savoir-faire. Gerda était-elle plutôt une artiste ou une photographe ? Elle a gardé, selon eux, un aspect artistique mettant l’accent sur le cadrage en se dédiant à son métier par choix, par amour et par un engagement véritable et profond. Elle a vécu, et elle est décédée en Espagne en raison de ses valeurs.
Le Lycée Albert Camus de Bois-Colombe s’était fixé comme objectif de revenir sur le bombardement de Guernica, le 26 avril 1937. Comment ce bombardement a-t-il été utilisé pour promouvoir la propagande chaque belligérant ? Tout le monde a en mémoire le très célèbre tableau de Pablo Picasso sur cet évènement. Les lycéens ont produit et partagé des journaux des deux camps pour montrer comment ce bombardement a servi les buts des Nationalistes et des Républicains. Aujourd’hui, ces mécanismes de propagande sont similaires pour rendre compte des guerres comme en Ukraine ou à Gaza. C’est le même phénomène qui se produit sans cesse. Presse et propagande ont un impact majeur dans la Guerre Civile ; et dans les conflits en général. Une belle prestation orale mimée très convaincante nous a fait entrer dans cette dynamique et cette réflexion pour comprendre les manipulations.
La journée s’est terminée après que le jury ait distingué les lauréats 2025. Il s’agit du Lycée Eugène Delacroix de Maisons-Alfort, dans le Val-de-Marne.
C’est la Sénatrice Laurence Cohen qui a remis le Prix aux heureux gagnants en présence de la Présidente du Jury ; Hélène Rol-Tanguy. Divers cadeaux et Certificats ont été remis par les membres de ce jury ; et y compris par la Déléguée de l’Ambassade d’Espagne. Plusieurs partenaires et professeurs ont tour à tour pris la parole avant que Claire Rol-Tanguy, Secrétaire générale de l’ACER, resitue cette journée et ce Prix dans la dynamique de ce qui anime la création et l’existence même de l’Association au fil des années.
Un grand merci aux élèves, qui préparant leur baccalauréat se sont donnés ce travail supplémentaire à élaborer et aux professeurs qui ont aidé ce magnifique travail historique et de mémoire. Merci également au Lycée Montaigne pour son accueil et pour sa participation active. Merci, à Madame la Sénatrice Laurence Cohen pour sa présence amicale et active.
Nous attendons avec impatience la remise du Prix 2025 aux étudiants ; et déjà la seconde édition du Prix aux Lycéens.
L’Association prépare pour l’automne 2026 un grand Colloque dans les Pyrénées orientales (66) sur l’entrée en guerre des Brigades internationales au cœur de ce conflit fratricide (19936-1939), qui marque encore les mémoires.


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