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Le Pape François choisit l’Archevêque de Marseille comme Cardinal

Spécialiste du dialogue interreligieux, Mgr Jean-Marc Aveline est né en Algérie et a grandi dans les quartiers nord de Marseille. L’homme aux intuitions partagées qvec le Pape François au sujet du Dialogue en Méditerranée.

Le samedi 27 août s’est tenu, à Rome, le 8ème Consistoire ordinaire du Pape François. La veille les Cardinaux se sont réunis pour discuter avec le Pape de la nouvelle Constitution apostolique Praedicate Evangelium. Parmi les 20 nouveaux impétrants on compte l’archevêque de Marseille, Mgr Jean Marc Aveline. Il est le seul Cardinal français aujourd’hui à être à la tête d’un diocèse. Avec sa création comme Cardinal, ils sont six français à porter la pourpre cardinalice ; dont trois « récemment » à la Retraite ou dégagés d’une autorité directe dans un diocèse : Mgr Ricard, Mgr Vingt-Trois et Mgr Barbarin. Le Sacré-Collège compte désormais 226 Cardinaux dont 132 électeurs.

La nomination du Cardinal Jean-Marc Aveline, spécialiste du dialogue interreligieux, né en Algérie, recouvre une importance de choix pour le Pape François. Dans un contexte de tensions dues aux fondamentalismes, les relations entre catholiques et musulmans apparaissent comme une nécessité et une source de préoccupation. Les bouleversements politiques au Maghreb et au Proche-Orient, la recrudescence des actes terroristes, les migrations économiques et politiques, l’arrivée par tous les moyens de nombreux réfugiés en Europe, la montée des identités… restent un lieu de vigilance te d’attention particulière. L’évêque de Rome y est très sensible.

Le Diocèse de Marseille a une longue tradition dans ce domaine. Depuis l’Antiquité cette terre provençale est le lieu de passage, de vie et de nombreuses traditions culturelles, linguistiques et politiques. Marseille est un « melting-pot » qui a accueilli en son sein diverses migrations au fil de son histoire. C’est dans ce contexte qu’a été créé en 1990 l’Association « Marseille Espérance » autour du Père Jean-Michel Passenal. A cette époque, il y avait une interrogation dans la ville des anciens « massaliotes » sur le « vivre- ensemble » ; et plus largement en France. Marseille est par nature, et toute son histoire en témoigne, est tournée vers des horizons divers et en premier lieu vers le Maghreb et l’Afrique. Elle s’est également tournée en direction du Proche-Orient et des autres pays de la Méditerranée. Ce « vivre ensemble » est important pour les Provençaux eux-mêmes, mais aussi pour les nombreux Marseillais aux origines diverses : Italiens, Arméniens, Espagnols, Grecs, Maghrébins, Africains de la zone subsaharienne…, des Chrétiens, des Musulmans, des Arabes chrétiens, de très nombreuses confessions font de cette terre un lieu de rencontres et un vrai laboratoire pour le dialogue, pour la paix et le « vivre ensemble ».

Or, la nomination de Mgr Jean-Marc Aveline, d’origine Pied-noire et qui a grandi dans les quartiers nord de Marseille s’inscrit dans cette démarche singulière. Il y a là une conjonction de pensée et de regard entre le souverain pontife, et l’ancien évêque auxiliaire de Mgr Georges Pontier : dialoguer et mettre en perspective les défis du multiculturalisme en Méditerranée  sur la base d’initiatives concrètes. Découvrir quelles sont les initiatives et les lieux possibles de rencontres, chercher les moyens de travailler à la paix dans le dialogue et l’écoute… Comment échanger et se former théologiquement et spirituellement ? Comment éduquer les jeunes à devenir des passeurs de vie fraternelle dans les Cités ? Comment accueillir son propre enracinement spirituel ?

Cet évêque, qui a fondé en Octobre 1992, l’Institut de Science et Théologie des Religions de Marseille, avec le soutien du Cardinal Joseph-Robert Coffy (1920-1995) ; puis quelques après est devenu Recteur de l’Institut Saint-Jean devenu l’Institut Catholique de la Méditerranée paraît être l’homme de la situation ; celui que le Pape cherchait. Il n’est d’ailleurs pas un inconnu. On le savait très proche du Cardinal Jean-Louis Tauran. Le Pape Benoît XVI lui avait demandé de prendre en charge le dialogue interreligieux en 2007, décidant alors de créer un Dicastère spécifique. Mgr Jean-Louis Tauran avait été remarqué comme un diplomate habile et respectueux principalement dans le dialogue avec l’Islam.

En juillet 2018, Mgr Aveline répondait aux questions d’Anne-Bénédicte Hoffner, journaliste au journal La Croix : « Il était, je pense, l’homme qu’il fallait à ce moment-là. Après des années enthousiasmantes, marquées notamment par la rencontre d’Assise, les relations interreligieuses autour du bassin méditerranéen sont devenues très liées aux questions de politique internationale. Il fallait quelqu’un capable de déchiffrer ces enjeux derrière les bonnes intentions de dialogue, capable de repérer ce qui peut être promu, saisi du point de vue des relations interreligieuses. Quant à la connaissance des religions elles-mêmes, il s’est formé en cours de route. L’exercice de la fonction l’a obligé à approfondir l’islam mais aussi les religions asiatiques. En France, nous sommes un peu obnubilés par l’islam mais, à la tête du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, le Cardinal Tauran a beaucoup voyagé aussi en Asie (…)  Sa lucidité était, de fait, extraordinaire et elle a été essentielle dans l’exercice de sa mission. Il ne prenait pas tout pour argent comptant, savait parfaitement décoder les attitudes de ses interlocuteurs, leur réelle envie d’avancer ou non. Mais le moteur de son action était de ne jamais négliger une main tendue (…) Avec Al Azhar, avec lequel le Vatican a été en froid pendant quelques années, comme avec d’autres, le cardinal Tauran avait toujours la volonté de construire un dialogue et donc de garder sa porte ouverte. Son attitude était en cela très évangélique. Il acceptait le risque d’être trompé ou déçu, et préférait courir ce risque… Je retiens aussi l’insistance du Cardinal Tauran, quand il était venu nous voir à Lourdes lors de notre Assemblée plénière, sur la nécessité de former les prêtres à la connaissance des autres religions et au dialogue interreligieux. ».

Un espace est donc ouvert pour Mgr Jean-Marc Aveline, Président du Conseil pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux au sein de la Conférence des évêques de France. Il saura sans aucun doute mettre ses compétences et son attachement au dialogue en Méditerranée qu’il partage avec le Pape François. Ce dernier trouvera dans l’archevêque de Marseille un évêque à la hauteur de son intuition.

Autour de la « mare nostrum » il saura compter sur des appuis fraternels et efficaces avec, par exemple: le nouveau Cardinal espagnol à Rabat Mgr Cristóbal Lopez Romero, sdb, ou le successeur de Mgr Jacques Teissier et Paul Desfarges à Alger Mgr Jean-Paul Vesco, op, le Cardinal de Barcelone Mgr Juan Omella (Président de la Conférence épiscopale espagnole, et proche du Pape François)… A leurs côtés, il auront aussi comme vis-à-vis les Patriarches et les évêques du Proche-Orient (Liban, Egypte, Terre Sainte, Chypre…).

L’Archevêché marseillais est situé à deux pas de « la Bonne Mère » – Notre Dame de la Garde, qui fait face aux autres sanctuaires dédiés à la Vierge Marie Notre Dame de Harissa à Beyrouth, Notre Dame d’Afrique à Alger, Notre Dame de Santa Cruz à Oran. Ce lieu est à la fois un lieu d’inspiration et de méditation, et tel le bras de Christophe Colon qui montre, à Barcelone, l’horizon lointain le regard de ce fils de la Méditerranée saura regarder lui aussi les horizons lointains et ces peuples en devenir.

Paris, le 11 septembre 2022

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