Plaidoyer pour un nouveau Concile
La marche de l’Eglise catholique aujourd’hui devrait prendre un chemin double : un approfondissement courageux de Vatican II, et déjà préparer le chemin d’un prochain concile œcuménique
Le Pape Paul VI parle dans sa première encyclique Ecclesiam Suam (1964) de l’Eglise qui « se fait conversation ». Ce document post-conciliaire marque la volonté de l’Eglise catholique de s’ouvrir au Monde moderne et contemporain. Elle cherche à se penser en dehors des limites internes à son fonctionnement multiséculaire. Comment rejoindre ce Monde ? Comment lui parler ? Comment rejoindre les grandes questions de ce Temps ? Comment parler au monde ouvrier ? Nouer des relations avec des hommes de bonne volonté, c’était déjà le cri dans la Nuit de Noël… Le Journal « L’Humanité » titrait il y a quelques semaines que l’Eglise avec le Concile Vatican II « redescendait sur terre ».
Les textes du Concile Vatican II ont été proposés pour interpréter ces temps nouveaux, et essayer d’y apporter un début de réponse aux questions du moment. Si des thèmes non encore discutés l’ont été lors du denier Concile (place de l’épiscopat dans la structure du Peuple de Dieu, ministère des prêtres et leur formation, rôle des laïcs dans l’Église, le mouvement œcuménique, les relations avec les Juifs et les religions non chrétiennes, la liberté religieuse…) ; d’autres ont été différées.
Néanmoins, le Concile avait dû renoncer pour prendre du recul face aux questions brûlantes. L’ajournement a, au fil du temps, tenté d’être comblé par des assemblées synodales locales, régionales ou générales, mais sans vraiment prendre de grandes décisions. On se rappellera, par exemple, du Synode sur la Famille, et de son quasi fiasco… L’Eglise dans bien des cas voulant tenir par la seule force de la volonté (et, de la prière) n’a pas répondu fondamentalement aux grandes questions du Monde ; et ce dernier l’a peu à peu « lâché en rase campagne ».
Benoît XVI avait parlé d’une «nouvelle Pentecôte». Le 22 décembre 2005 il avait évoqué deux herméneutiques. La première d’entre elles était celle de la discontinuité et de la rupture. La seconde était celle qu’il nommait « la réforme et du renouveau dans la continuité ». Mais selon lui, l’« herméneutique juste » était celle qui voyait l’Église comme «un sujet qui grandit dans le temps et qui se développe, restant cependant toujours le même, l’unique sujet du Peuple de Dieu en marche». Il propose le terme : «synthèse de fidélité et de dynamisme». Lors de la Messe du 11 octobre 2022, il évoquait deux extrêmes : ceux qui cultivent une «nostalgie anachronique» et ceux qui préfèrent «une course en avant». Le Pape Jean XXIII avait voulu faire du Concile un moment de miséricorde fondateur d’une nouvelle espérance. Le Pape Paul VI, lui souhaitait ouvrir un dialogue positif. Tout cela a pu troublé les cœurs, mais les cris de Jean-Paul II souhaitaient donner une assurance aux esprits le plus chagrins, les moins affirmés : « N’ayez pas peur ! », « Ouvrez les portes au rédempteur ! ».
L’Eglise aujourd’hui est confrontée à la dure réalité qu’elle n’a pas voulu voir ou estimant qu’elle était au-dessus de la mêlée. Pourtant, Jésus-Christ lui-même n’a-t-il pas été au cœur des questions en Palestine ? Ne s’est-il pas confronté aux vents contraires dans une société qui lui était défavorable ?!? Il ne s’agit plus aujourd’hui de mettre de sparadraps ou des rustines à la barque qui prend l’eau, mais soit de changer des lames entières ou la réformer le vaisseau de fond en comble. On touche, ici, à la structure de l’Eglise ; et il est vrai que cela peut faire peur. Comment arrêter l’hémorragie ? Comment redonner de l’espérance aux chrétiens et restaurer le lien de confiance avec les sociétés contemporaines ?
Trois dossiers me semblent devoir être investis parmi tant d’autres :
1/ comme à l’époque du Concile de Trente et dans la dynamique du Grand Siècle, une remise à plat de la vie paroissiale serait primordiale : gouvernement de la paroisse avec une plus grande association des laïcs, vie paroissiale nouvellement soutenue avec une vie « plus familiale » ne laissant pas le prêtre seul devant des décisions et dans la gestion de la vie ordinaire. Donner au prêtre un cadre plus équilibré comme au Proche-Orient. Trouver une nouvelle respiration.
2/ repenser l’accueil et l’accompagnement des vocations sacerdotales et religieuses. Redéfinir les enjeux et les moyens donnés aux formateurs dans une nouvelle Ratio formationis intégrant plus d’accompagnement humain et psychologique. Proposer aux Séminaristes et jeunes Profès une « porte de sortie » dans le cas où il souhaiterait renoncer à ses engagements en donnant aux candidats plus de liberté.
3/ouvrir des lieux de parole neutres pour que l’on puisse dire ses difficultés ; c’est-à-dire adopter les ressources managériales de l’entreprise. On pourrait, par exemple, faire appel à un médiateur ou un cabinet spécialisé. Cela vaudrait à la fois pour les prêtres, diacres et laïcs (dimensions du ministère et professionnelles). Créer un Cabinet de Consultants (Outplacement spécialisé pour les membres du Clergé) pour accompagner le désir de quitter le ministère donnant aux membres du Clergé une réelle possibilité de sortir de l’Institution et d’être accompagné.
Trop de prêtres restent dans le ministère par peur de l’avenir craignant le regard des uns, et les difficultés financières et d’un travail à trouver. La volonté, la force, et la dépression qui guette ne suffisent pas pour vivre un ministère posé et fécond. En un mot : libérer la parole, donner des lieux pour être pris en charge de manière neutre et discrète ; et enfin donner les moyens d’une sortie du ministère dans la paix et la quiétude d’une décision. Le tout spirituel ne suffit pas !
Un article de Céline Marcon du Journal « La Vie » se faisait écho d’un débat entre Jean-Pierre Mignard, avocat – Mgr Bernard Podvin, porte-parole de la Conférence des évêques de France. L’essentiel des questions sont là : « Le premier plaide pour la convocation « urgente » d’un nouveau concile, en y donnant une bonne place à la parole des laïcs et pas seulement aux évêques, moins de cinquante ans après celui de Vatican II. « Beaucoup de chrétiens ressentent le besoin de sortir de l’immobilisme et de redéfinir l’identité chrétienne, sans forcément remettre tout à plat mais en établissant un sorte d’inventaire sur des sujets comme le dialogue interreligieux, la sexualité, l’argent, le statut des femmes ou celui des laïcs. » « Il est trop tôt, répond Monseigneur Bernard Podvin. Le contexte actuel ne s’avère pas assez serein pour une telle réunion. Nous devons d’abord nous concentrer sur la défense de Vatican II et travailler sur sa réception, loin d’être achevée. Sinon, nous risquons d’occulter une partie de sa richesse. » Une approche jugée « trop timide » par l’avocat qui estime que « le débat mérite d’être élevé à un niveau supérieur afin de se donner de réels moyens d’aboutir à des échanges de qualité« .
L’Eglise est à un carrefour. Elle doit répondre le mieux possible aux grandes questions de ce 21ème siècle dans des domaines variés, et tous cruciaux. Bien sûr que le moment n’est peut-être pas opportun aujourd’hui… Bien naturellement, il faudrait sans doute que la situation s’apaise. Dans le même temps, le regard sur l’Institution se fige, les catholiques sont de plus en plus dépités et prennent des distances… ou quittent l’Eglise. Il est certain qu’organiser un Concile œcuménique est lourd, cher et exigeant ; d’autant que l’Eglise de notre siècle n’est plus celle des années 1960. Pour autant, l’Eglise ne peut pas laisser la barque s’enfoncer inexorablement sans ne rien faire. La marche synodale que promeut le Pape François suite aux intuitions du Pape Benoît XVI marque un pas. Seulement 400 000 catholiques français ont participé à la préparation synodale ; et parmi eux peu de jeunes. Peu de personnes loin de l’Eglise ou en débat (jeunes ou moins jeunes) se sont sentis concernés. Les questions sont toujours les mêmes poncifs anciens, et les antiennes classiques ne proposent rien de nouveau. Les rares questions plus incisives sont des questions qui restent à la marge.
Le débat est donc ouvert pour répondre aux nouveaux enjeux éthiques et moraux, économiques, sociétaux, technologiques, spirituels… Quels seront les nouveaux prophètes qui ont accompagnés ls papes Jean XXIII et Paul VI ?
Pour ma part, j’appelle de mes vœux, un nouveau Concile œcuménique à préparer pour les années (proches) à venir. De nouveaux Patriarches et évêques au Proche-Orient accompagnent cette « nouvelle Pentecôte », de nouveaux évêques dans le monde et de nouveaux Cardinaux dans le Monde donnent à l’Eglise les moyens d’un véritable débat de fond pour que l’Eglise soit toujours catholique, « experte en humanité », et que le dialogue et la « conversation » ne cessent pas…


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