Le Concile Vatican II en 1962
« l’Eglise se fait conversation »
La Béatification de Jean-Paul Ier, dimanche 4 septembre, sur la Place Saint-Pierre de Rome ; a en quelque sorte a marqué le début de l’anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II par Jean XXIII. Trois papes prophétiques se succèdent sur le Siège de Pierre : l’ancien Patriarche de Venise et Vicaire apostolique d’Istanbul (le Cardinal Roncalli/ Jean XXIII), celui qui a mis en œuvre le lancement du Concile et qui l’a mené à son terme (le Cardinal Montini/Paul VI), et enfin celui qui a fait la synthèse des deux (le Cardinal Luciani/Jean-Paul Ier) en préparant la venue d’un nouveau pontife romain (le Cardinal Wojtila/Jean-Paul II).
Albino Luciani a été prophétique dans sa vision du Monde et de l’Eglise. Il a senti ce qu’il faudrait mettre en route pour que l’Eglise soit véritablement en phase avec les Temps modernes. Il sentait la nécessité impérieuse d’aller encore plus loin que Jean XIII dans la proposition de décloisonner la charge pontificale en la rendant plus accessible. C’est lui qui est à la manœuvre dans la rédaction du texte Humanae Vitae de Paul VI, de l’idée de se rendre dans les différentes parties du Monde, de rencontrer la jeunesse… Il n’a pas eu le temps de mettre en pratique ses intuitions. Le pape actuel est la synthèse de ses prédécesseurs ; « excepté » sans doute Benoît XVI… Voir plus en allant sur le lien suivant (https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2022-05/jean-paul-i-un-regard-prophetique-sur-les-blessures-du-monde.html)
Le Concile Vatican II – Le 11 octobre 1962, le Pape Jean XXIII ouvrait le IIe concile œcuménique du Vatican. Ce Concile est le vingt-et-unième. Il se tiendra jusqu’au 8 décembre 1965. La colonne qui s’élève fièrement sur la Place d’Espagne (Rome) en est le souvenir. Chaque année, le 8 décembre, les papes viennent déposer au jour de la Fête de la Naissance de la Vierge Marie une couronne de fleurs.
Personne ne s’attendait à ce que ce « pape de transition », âgé ait une telle idée ! Il symbolise une ouverture nécessaire au monde moderne, et à la culture contemporaine :
progrès technologiques, émancipation des peuples, sécularisation grandissante. D’autres lieux urgents sont aussi la marque d’un grand changement de positions et de perspectives : les nouvelles recherches bibliques en cours depuis des années (cf. l’encyclique Divino afflante Spiritu – le 30 septembre 1943), une reprise en compte de la tradition patristique, le rapport aux autres confessions chrétiennes, la mise en valeur de l’originalité des Églises locales et la diversité des cultures…
Jusqu’alors l’Eglise était enfermée dans ses certitudes, empesée, ses positions idéologiques, « politiques » et morales. On ne pouvait pas toucher à un seul iota au dépôt de la foi et aux traditions ancestrales.
Ce concile a donc bien failli avorté. Il a été sauvé par l’audace et la pugnacité d’une poignée d’évêques et cardinaux. La Curie romaine avait à son habitude déjà tout préétabli, dirigé et fermé. La discussion serait courte et entendue. Il n’en n’a rien été… C’était sans compter sur la Providence qui dirige les évènements à sa convenance. Le 13 octobre 1962, la première « congrégation générale » (réunion plénière) est présidée par le Doyen du Sacré Collège ; le Cardinal français Eugène Tisserant.
Le 11 avril 1963, Jean XXIII publie, en plein conflit international entre l’Union soviétique et les USA, l’Encyclique Pacem in Terris. Elle aura une répercussion extraordinaire dans le Monde entier. Pour la première fois on utilise la notion « Signe des Temps », que l’on retrouve dans la Constitution conciliaire Gaudium et Spes. Le 3 juin de la même année le Pape décède soudainement. Il est remplacé le 21 juin suivant par le Cardinal Montini. Le Concile poursuit ses travaux selon un schéma qui adopte quatre réunions plénières :
Première session (13 octobre – 8 décembre 1962), Deuxième session (29 septembre – 4 décembre 1963), Troisième session (14 septembre – 21 novembre 1964), et la Quatrième session (14 septembre – 8 décembre 1965).
Que s’est-il passé ?
Le Concile Vatican I avait été écourté le 20 septembre 1870 suite à la prise de Rome par Victor Emmanuel II. Des questions importantes avaient été laissées sans réponses. Il fallait y remédier. En 1922 et 1923, le Pape Pie XI s’interroge sur l’opportunité de convoquer à nouveau les évêques après le Premier conflit mondial, mais déjà le bruit des bottes, la crise économique surgissent, et l’Europe est en passe de devoir faire face à des idéologies fascistes ne permettant pas que le Concile puisse se tenir. La Seconde Guerre mondiale se termine. C’est le Cardinal Ottaviani à qui l’on confie la mise en route d’une réflexion et de la mise en place d’une commission préparatoire à un possible ou probable nouveau Concile. Le Pape Pacelli (Pie XII) hésite. En définitive, en 1949, ce dernier renonce à l’envoi de la lettre préparée par la Commission demandant l’avis aux évêques du Monde.
En 1951, le projet est définitivement écarté.
Les attentes sont grandes dans l’Eglise. Il faut trancher sur des sujets sensibles et nouveaux. Le Concile une fois réuni propose d’autres pistes de travail, et vote à la majorité des textes fondamentaux : rénovation de la liturgie et adoption de la langue vernaculaire (inclusion et adaptation à partir des cultures et des traditions, restauration de la Vigile pascale, simplification du missel, Messe dite de Paul VI, refonte progressive de la Liturgie des Heures…), renouveau des études patristiques, bibliques et théologiques, réflexions missionnaires, nouvelles approches œcuméniques déjà bien avancées depuis le début du siècle, une position nouvelle au regard des confessions non-chrétiennes et du rapport de l’Eglise avec le Judaïsme, une place plus importante faite aux laïcs, mise en chantier d’un nouveau Code de Droit canonique (il verra le jour sous le pontificat du Pape Jean-Paul II).
Jean XXIII convoque officiellement le Concile le 25 décembre 1961 par la Bulle d’indiction « Humanae salutis ». Le 2 février 1962 les évêques se réunissent lors de la première session au 11 octobre. Durant l’été 1962 Jean XXIII avait énoncé la liste des sept premiers schémas qui seraient discutés par les 2 908 Pères conciliaires convoqués. Sont présents des Patriarches, des Cardinaux et évêques, de nombreux Supérieurs majeurs (religieux). 2 540 d’entre les personnes convoquées prendront part à la Session d’ouverture.
Le Concile fait appel à des Experts (membres du clergé ou laïcs catholiques), ainsi qu’à des personnalités venant d’autres confessions (Orthodoxes, Protestants…, Juifs). Parmi les appelés à former ce groupe d’Experts on note des noms de premier plan : Joseph Ratzinger, Karol Wojtila, Yves Congar, Henri de Lubac, René Guitton, Jules Isaac, le Rabbin Abraham Heschel…
Les grands textes conciliaires :
Sacro Sanctum Concilium, Gaudium et Spes, Lumen Gentium, Dei Verbum, Orientalum Ecclesiarum, Unitatis Redintegratio, Nostra Aetate, Ad Gentes, Presbyterorum Ordinis, Optatam Totius, Christus Dominus, Perfectae Caritatis, Gravissum Educationis, Apostolicam Actuositatem, Dignitatis Humanae.
Le Concile aborde plusieurs thèmes, et en laissera d’autres par prudence, par pusillanimité, par manque d’enthousiasme et peur d’un schisme. Elle ne pourra éviter celui avec Mgr Marcel Lefèbvre. Notons, par exemple, les thèmes liés à l’Église. Le document qui a eu sans doute la plus grande portée est la Constitution dogmatique sur l’Église (Lumen Gentium) : Autorité du Pape, collégialité, l’Église désignée comme Sacrement et comme Peuple de Dieu, modification de la structure de l’Église et des Conférences épiscopales, reconnaissance de la fonction prophétique, royale et sacerdotale du Christ des laïcs. Leur vocation est de « travailler comme du dedans à la sanctification du monde », l’Église et le monde. L’œcuménisme (levée des excommunications mutuelles par le Pape et le Patriarche œcuménique de Constantinople) et poursuite de la marche œcuménique. La liberté religieuse et les relations avec les autres religions.
Suite au Concile d’autres textes qui feront date verront le jour parmi lesquels : Ecclesiam Suam (1964), Humanae Vitae (1968), Evangilii Nuntiandi (1975).
Depuis la fin du Concile Vatican II, l’Eglise met en pratique ses grandes intuitions. Depuis la tenue de cet évènement sans précédent, le Monde avait changé et évolué dans tous les domaines. C’est la première fois que tous les continents sont présents à Rome, et que les évêques se parlent en langue vernaculaire par groupe linguistique !
Aujourd’hui, quelle suite du Concile Vatican II ?
Les uns estiment aujourd’hui que le Concile n’a pas achevé sa route et qu’il faut encore laisser du temps pour le mettre en pratique et continuer à avancer. D’autres, au contraire, pensent plutôt qu’il serait temps de convoquer un nouveau Concile qui prendrait en charge des questions nouvelles : les technologies nouvelles, la crise climatique, l’économie restructurée et le commerce internationale, la crise éthique et morale (PMA, position autour de la guerre, chute du Mur de Berlin et arrêt de la Guerre froide, montée des extrémismes et du terrorisme, place de la Culture et intégration des cultures au sein de l’Eglise, renouveau liturgique, implication de l’Eglise dans la Cité, Théologie de la Libération et mouvements sociaux, Théologie du Genre, mariage pour tous, crise de l’Eglise dans le Monde entier, remise en cause de l’autorité du Pape, collégialité épiscopale, tenue des différents synodes généraux et locaux, démission du Pape Benoît XVI, place des laïcs et des femmes dans l’Eglise, nouvelles avancées œcuméniques, dialogue inter religieux…). L’Eglise peut-elle encore continuer sans réunir se réunir et discuter de tous ces thèmes ?
Que lui manque-t-elle pour pouvoir décider de poser un acte prophétique ? Je vous donne rendez-vous dans un nouvel article pour pouvoir proposer quelques axes et quelques convictions.


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