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MARSEILLE au cœur de la Méditerranée

Le PAPE FRANCOIS et les Rencontres méditerranéennes

L’Homme contemporain est en crise parce son monde a bougé, et parce qu’il est en continuel mouvement. Il va de plus en vite ; et l’Homme qui perd ses repères a peur. Il a l’impression qu’il ne gère plus rien individuellement, et que de toute façon les grandes structures étatiques ne réussissent pas à faire mieux ni à endiguer les crises successives : la guerre en Syrie et en Irak, la crise migratoire, les changements de rythmes, le changement climatique, la montée des populismes, le changement des statuts sociaux, les nouveaux pôles de la famille, l’espace géographique dans une construction nouvelle, la révolution dite « des sexes », au cœur de la mondialisation et de la révolution numérique. Tout cela fait le buzz aujourd’hui. C’est dans ce contexte que Marseille va devenir pour une quinzaine de jours le centre de la Méditerranée. C’est l’Eglise catholique qui en est le maître d’œuvre et l’organisateur principal.

Faut-il « penser cette Méditerranée qui nous submerge » ?!?

Mgr Jean-Marc Aveline, cardinal-archevêque de Marseille depuis août 2019, né en Algérie, est l’un des promoteurs de la « Théologie de la Méditerranée ». Ce synode est une réalité. La rencontre à venir consolidera la communion et la coopération en Méditerranée. Les maires sont invités ainsi que d’autres institutionnels à participer à cette rencontre au cœur de la Méditerranée.

A Marseille, le mythe fondateur de la ville remonte à 2 600 ans est toujours vivant. Elle a été fondée par le mariage d’une fille de la tribu locale avec un marin venu de Grèce, de Phocée. 2 600 ans plus tard, Marseille a conservé l’appellation de « cité phocéenne ». « Cela montre que quelque chose de plus grand que nous existe, donc les responsables politiques ou religieux, mais aussi culturels, sont au service dans une ville «de ce quelque chose » qui les dépasse. Ils doivent comprendre l’âme de cette ville, sa vocation, afin d’être à son service en lui évitant de s’écarter du meilleur d’elle-même. C’est notre tâche». (Mgr Jean-Marc Aveline)

De nombreux penseurs, philosophes, politiciens et sociologues se sont penchés sur l’avenir de la Méditerranée. Parmi eux, nous comptons le sociologue Jean Viard, qui avait présenté ces dernières années dans un livre[1] une réflexion sur divers thèmes qui font écho aujourd’hui dans le débat français, européen et international. Il le dit lui-même : « Nous sommes inscrits dans une guerre diffuse et une urgence absolue. Une pensée noire et brune, climato-sceptique, envahit le monde et nos imaginaires ». Si le titre du livre nous invite à penser d’abord, et avec raison, à la crise migratoire le sous-titre invite davantage à une réflexion d’ensemble. Le sociologue le note bien. On ne peut pas être spécialiste de tout et avoir des réponses à tout, les plus pointues possibles…, « et pourtant, il y a urgence à penser tout cela en même temps (…) Chacun doit tenter d’élaborer une perspective à partir des bribes de son savoir, de ses expériences et de ses valeurs ». Telle est non seulement la question mais l’objet de ce livre : apprendre à regarder, à évaluer ce monde qui bouge et qui nous dévore déjà, et qui demain engloutira l’humanité et notre monde moniste si nous ne réagissons pas déjà ! Essayer « de penser cette Méditerranée qui nous submerge ». Il n’y a pas là seulement ce qu’il y a de tragique, et que nous regardons paralysés devant nos écrans, mais aussi ce qui pourrait permettre de donner une espérance, un « nouveau deal » à tous ces foyers sans espoir, vides de sens que sont nos banlieues, nos quartiers dits « sensibles » et que toutes les politiques de la Ville n’ont pas su (ou voulue) gérer. Cette pauvreté commence par les femmes seules, par les familles complètement déstructurées. Elle touche encore plus fort ceux qui subissent une double peine au cœur de leur désarroi, de leur pauvreté économique et sociale… les « perdants-perdant ». « On ne peut pas vivre sans utopie ni rêve. L’Homme ne vit pas que de pain et de jeux ».

La Méditerranée est « une mer au milieu des terres ». Elle tisse des liens, qui aujourd’hui soient se défont ou bien pis encore la fait devenir le plus grand cimetière du Monde ! Repenser le territoire en France et en Europe, créer des lieux de proximité, des lieux transversaux au cœur du numérique, nous rapprocher de nos voisins les plus proches qui sont en Afrique. Repenser l’immigration, repenser notre présence active auprès des jeunes – de tous les jeunes – pour qu’ils vivent cette proximité comme dans des « faubourgs par où l’on passe pour entrer dans la cité et la société. Faute de quoi, nous n’en sortirons pas et les vagues de violence vont se répondre avec des forces sans cesse croissantes. On tuera Daesh, mais il renaîtra sous d’autres formes. Dans l’urgence, il faut organiser des systèmes de transport sûrs pour les réfugiés ». Ici, il semblerait qu’il y ait aussi pour ce qui concerne le Proche-Orient une invitation non seulement à accueillir des réfugiés, mais aussi à les aider à repartir ; et ceux qui restent dans leurs pays en crise été et en guerre leur permettre de construire un horizon d’espérance pour y vivre libres et égaux, en paix. Il propose tout un programme pour les Hommes de bonne volonté qui veulent vraiment entrer dans un autre espace pour vivre les choix urgents à mettre en place… pour nos enfants et nos petits-enfants.

C’est dans cette veine de pensée que le Cardinal Aveline souhaite s’inscrire en invitant à repenser la Méditerranée, et ce dans une démarche synodale. Se mettre « ensemble » en chemin… Dans une interview donnée à Radio Vatican, il y a quelques mois, il évoque le sujet : « Marseille est l’une des dernières villes cosmopolites du pourtour méditerranéen. Vraiment cosmopolite. Il y a une forte communauté juive, musulmane, bouddhiste, arménienne, comorienne. Elle représente un laboratoire. On la dépeignait comme porte de l’Orient, elle est aussi porte de l’Occident. Je pense qu’elle a beaucoup d’initiatives à prendre. (…) L’Église est un partenaire. Elle a peu de moyens mais elle a une contribution à apporter, par cette dimension de spiritualité profonde en lien avec les autres responsables des communautés religieuses. Marseille peut donner cet exemple-là. La situation géographique et historique nous pousse à assumer cette responsabilité ».

Un synode ? « Nous nous sommes dit qu’elles pourraient avoir lieu tous les deux ans. Cela permet de nous rencontrer, de mieux nous connaître, mieux nous comprendre au fur et à mesure. C’est nécessaire mais il ne faut pas faire que cela. Nous avons aussi besoin de petites structures de coopération afin de tout concrétiser : telle ville avec telle autre, une région avec une autre. (…) Nous allons aussi intégrer les jeunes, maintenant dans cette démarche. Nous allons leur proposer de travailler avec nous, car ils ont l’élan de la vie, ils tissent facilement des relations. Nous, parfois sommes trop préoccupés par la survie de nos institutions (…) L’intérêt est notre capacité à travailler ensemble. C’est tout l’enjeu. Si nous créons ces petites structures de coopération, de communion, la dimension synodale se réalise déjà et un synode lui permettra peut-être un jour de délivrer aussi un message pour le Monde. Telle est la responsabilité synodale de la Méditerranée. Je mesure à quel point nous sommes liés à nos peuples. C’est beau ainsi et c’est pourquoi nous n’accepterons pas n’importe quoi. Nous serons vigilants à qui se consacrera aux migrants, qui à l’islam. Chacun a des préoccupations, qui ne sont pas idéologiques, mais celles de son peuple qu’il veut porter à la connaissance des autres pour pouvoir avancer. « Si nous créons ces petites structures de coopération et de communion, la dimension synodale de la Méditerranée se réalise déjà[2]

Le Cardinal est né en 1958 (en Algérie, à Sidi Bel Abbès), dans une famille de Pieds-noirs originaires d’Andalousie. La Guerre d’Algérie les poussent à s’exiler vers l’Hexagone. Convaincu de l’importance du dialogue interreligieux, il a fondé l’Institut de sciences et de théologie des religions (ISTR) de Marseille. Il est notamment Consulteur au Conseil pontifical pour le Dialogue interreligieux au sein de la Curie romaine, et Président du Conseil pour les relations interreligieuses et les nouveaux courants religieux au sein de la Conférence des évêques de France. En outre, l’intérêt pour la Méditerranée, une Porte entre « l’Orient et l’Occident » constitue un autre point d’intérêt qui le rapproche du Pape François.

Il pense que l’avenir, y compris de l’Europe, se décide pour une part dans cet espace où convergent trois continents. C’est un bassin multiculturel et multiconfessionnel. En avril 2021, Mgr Aveline avait rencontré le Pape durant près d’une heure en tête-à-tête. Une audience au cours de laquelle les deux hommes avaient largement évoqué la « Théologie de la Méditerranée« , cette idée selon laquelle le dialogue et les échanges entre les peuples du pourtour méditerranéen doivent permettre de déployer « une grande tente de paix »

Marseille, l’une des dernières villes cosmopolites du pourtour méditerranéen

« À Marseille, je suis frappé de voir combien le mythe fondateur de la ville qui remonte à 2 600 ans est toujours vivant. La cité a été fondée par le mariage d’une fille de la tribu locale avec un marin venu de Grèce, de Phocée. 2 600 ans plus tard, Marseille a conservé l’appellation de « cité phocéenne ». Cela montre que quelque chose de plus grand que nous existe, donc les responsables politiques ou religieux, mais aussi culturels, sont au service dans une ville « de ce quelque chose » qui les dépasse (…) ». Pour ce qui est du rôle de Marseille, Mgr Aveline ajoute : « Elle est l’une des dernières villes cosmopolites du pourtour méditerranéen. Vraiment cosmopolite. Il y a une forte communauté juive, musulmane, bouddhiste, arménienne, comorienne. Elle représente un laboratoire. On la dépeignait comme porte de l’Orient, elle est aussi porte de l’Occident. Je pense qu’elle a beaucoup d’initiatives à prendre. En cela, je suis heureux que le maire de Marseille ait été présent à cette rencontre. Nous travaillons beaucoup ensemble, de même qu’avec les autres collectivités territoriales, la Région et le département. L’Église est un partenaire. Elle a peu de moyens mais elle a une contribution à apporter, par cette dimension de spiritualité profonde en lien avec les autres responsables des communautés religieuses. Marseille peut donner cet exemple-là. La situation géographique et historique nous pousse à assumer cette responsabilité. »

D’autres rencontres de ce type avec les évêques de la Méditerranée pourraient avoir lieu, tout comme celle que le Diocèse de Marseille organise en septembre : « Nous nous sommes dit qu’elles pourraient avoir lieu tous les deux ans. Cela permet de nous rencontrer, de mieux nous connaître, mieux nous comprendre au fur et à mesure. C’est nécessaire mais il ne faut pas faire que cela. Nous avons aussi besoin de petites structures de coopération afin de tout concrétiser : telle ville avec telle autre, une région avec une autre. Nous allons aussi intégrer les jeunes, maintenant dans cette démarche. Nous allons leur proposer de travailler avec nous, car ils ont l’élan de la vie, ils tissent facilement des relations. Nous, parfois sommes trop préoccupés par la survie de nos institutions. »

C’est dans ce contexte qu’une  » Théologie de la Méditerranée «  cherche à se mettre en place en favorisant le dialogue et les échanges entre les peuples du pourtour méditerranéen. Dans cette entreprise, il peut compter sur les évêques acquis à cette idée. On peut compter parmi tant d’autres sur les cardinaux de Rabat, d’Alger, de Barcelone, d’Ajaccio ; ainsi que sur les Patriarches et les évêques de l’ensemble du pourtour méditerranéen. Sont également associés à cette démarche des théologiens, une douzaine de Recteurs de sanctuaires mariaux ND de la Garde, ND d’Alger, ND de Harissa…), des prêtres, des associations, des ONG, des jeunes.

Le Temps est tragiquement favorable pour « penser la Méditerranée » multiple et pacifique. Et, Marseille pourrait bien constituer la clé de ce futur. « Marseille, c’est une des dernières villes cosmopolites de la Méditerranée. Le Caire le fut, Alexandrie le fut, Istanbul le fut, Beyrouth l’est encore un peu. Marseille, c’est l’Europe et la Méditerranée, c’est une porte de l’Orient et une porte de l’Occident, c’est tout ça. Cette ville a un rôle à jouer », affirme le Cardinal. 

Des questions majeures…

Les libertés migratoires et l’hospitalité, la circulation des peuples, la liberté confessionnelle, la liberté affective et sexuelle, la citoyenneté, les questions patrimoniales et de filiation, le dialogue entre les religions, le dialogue pour la paix, et la grande question autour des chrétiens d’Orient seront très certainement au cœur des échanges et des débats. Dans un article récent, le jeune Directeur franco-libanais de l’Institut des Chrétiens d’Orient (Paris) – Antoine Fleyfel – évoque la question cruciale de la citoyenneté. Cette question est au cœur du Proche-Orient et, est portée régulièrement par le Père Fadi Daou et Nayla Tabbara (Beyrouth).

« Les chrétiens du Proche-Orient, connus en français sous l’appellation de « chrétiens d’Orient », connaissent dans les différents pays[3] où ils se trouvent, des situations diverses qui se rejoignent dans leurs grandes lignes mais qui varient généralement par leur intensité, contextes propres obligent. Tout en insistant sur la pluralité des conditions de vie, il est possible de mentionner les défis communs suivants : 1. La violence religieuse : les chrétiens d’Orient la subissent de différentes manières, et de la part de différents groupes. 2. Le confessionalisme. Les différentes conjonctures régionales et internationales, ainsi que les situations propres de chaque pays, poussent les chrétiens à nourrir encore plus l’esprit du confessionnalisme. 3. Pays effondrés ou en grandes difficultés. La question de l’avenir des chrétiens d’Orient n’a de cesse d’être posée. 4. Une citoyenneté de seconde zone. Ces quatre thématiques évoquées ne résument pas tous les enjeux actuels mais parlent de l’essentiel, qui par ailleurs, ne concerne pas les seuls chrétiens, mais leurs concitoyens aussi. Ainsi, la recherche de solutions est une nécessité commune. Ces pistes ont comme fondement majeur la citoyenneté que les chrétiens essaient de réaliser de diverses manières depuis la seconde moitié du XIXe siècle. Opposée à toute logique théologico-politique, celle-là passe nécessairement par la reconnaissance de la diversité, la connaissance de l’autre, le dialogue, l’éducation et la rencontre (…). En outre, il faut être lucide sur le fait que les chrétiens sont dépassés par les événements géopolitiques régionaux et internationaux, sur lesquels ils n’ont quasiment aucune emprise. D’où la responsabilité de la communauté internationale d’aider à désamorcer les conflits et à œuvrer pour la construction d’espaces de paix. À cet égard, l’horizon paraît brumeux et le chemin étroit. Néanmoins, il appartient à ceux qui ont été expressément invités à emprunter le chemin étroit, d’espérer contre toute espérance, et de continuer à agir en faveur de l’édification des cités humaines dont ils rêvent tant ». (A. Fleyfel, Directeur de l’Institut chrétiens d’Orient).

Marseille organisera, donc, du 17 au 24 septembre 2023 les Rencontres méditerranéennes. Un « Grand village » réunira plus de 120 jeunes de toutes confessions et religions de 30 pays du pourtour de la Méditerranée occidentale et orientale. Un Festival culturel sera proposé autour des communautés méditerranéennes, d’associations solidaires ou culturelles, des entreprises, des universités, de mouvements engagés dans l’écologie et le dialogue.

Ces Rencontres méditerranéennes accueilleront le Pape François les 22 et 23 septembre pour partager ensemble des convictions communes et une même espérance. Une présence marquée de l’Evêque de Rome à Notre Dame de la Garde auprès des précaires et des migrants ; ainsi qu’une Messe au Stade Vélodrome.

Le vendredi 22 septembre, en partenariat avec le Consistoire et le CRIF, sera proposé par la Communauté juive un « Welcome Shabbat ». Après l’Office à la Grande Synagogue (rue Breteuil), des évêques et des jeunes du pourtour méditerranéen seront accueillis avec des jeunes Juifs pour un traditionnel repas de Shabbat. Le même jour aura lieu l’inauguration du Village des Rencontres méditerranéennes (18h) sur l’Esplanade de la Major. Communautés méditerranéennes chrétiennes, juives, musulmanes, associations engagées dans l’écologie, associations de solidarité. Tout au long de ces Rencontres seront proposées des conférences, expositions, concerts, village d’associations, spectacles, dans divers lieux de Marseille. Une programmation ouverte à tous, visant à sensibiliser un public large aux défis méditerranéens. 

Un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte !!!

[1] Jean VIARDQuand la Méditerranée nous submerge, – Réfugiés, terrorisme, islam, quartiers, populisme… Editions de l’Aube, 2017. 217 pages.

[2]https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2022-02/mgr-jean-marc-aveline-archeveque-marseille-mediterranee-florence.html

[3] Liban, Syrie, Israël, Palestine, Égypte, Irak, Jordanie, Turquie, Iran.

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