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Reconnaissance du rôle des étrangers dans la Résistance à l’Occupation nazie

par | 11 Fév 2024 | Actualités | 0 commentaires

Le plus beau poème de Manouchian est sa vie

Le rôle des Arméniens, des Polonais, des Italiens antifascistes et Espagnols dans la Résistance française a été jusqu’alors soit minoré soit occulté.

De toute l’Europe des étrangers affluent. Environ trois millions de travailleurs immigrés rejoignent la France dans les Années 1930. Ils fuient la misère, le racisme, les massacres, les pogroms, la répression politique. La France de la Déclaration universelle de l’Homme et du Citoyen, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. La France de Voltaire et de Rousseau, des Lumières, des idées de la Révolution française, de Hugo, de Verlaine et Rimbaud, de Hugo et Zola. C’est cette France-là qui les convoque et les attire. Ils se la représentent comme une seconde patrie, un refuge, une terre loin du fascisme et du nazisme, et bientôt du franquisme. Dès 1924, le jeune Parti communiste s’est fixé pour tâche prioritaire d’« organiser politiquement et syndicalement les masses de travailleurs de langue étrangère ». La Main-d’œuvre immigrée, la MOI, est créée pour leur permettre de se défendre dans le pays où se multiplient des campagnes xénophobes accusant les étrangers de tous les maux.

Missak Manouchian, figure emblématique qui a inspiré, en 1955, le poème « Strophes pour se souvenir » Louis Aragon, et la chanson L’Affiche rouge portée par Léo Ferré a permis de ressusciter ces femmes et ces hommes de l’oubli. Des poèmes, plusieurs biographies y compris un film (« LArmée du crime» de Robert Guédiguian) ont raconté la vie héroïque de ces résistants à l’Occupant nazi. Ils étaient Juifs, Arméniens, Polonais, Hongrois, Espagnols, Roumains, apatrides, des immigrés juifs ashkénazes jetés dans la clandestinité par la traque de la Gestapo, des Républicains espagnols, des Brigadistes, des « anti-mussoliniens », des Arméniens rescapés du génocide… La plupart d’entre eux étaient communistes et appartenaient l’organisation FTP-MOI. Henri Krasucki était un des membres. Missak est membre du Parti Communiste depuis 1934.

En 1939, il est interné comme étranger, et travaille comme ouvrier dans une usine normande. Lorsque les combats cessent, il retourne à Paris et reprend contact avec ses Camarades. Il participe au Comité d’aide aux Républicains espagnols. Il prend le nom de « Michel  ». Jusqu’à sa première arrestation, le 2 septembre 1939, peu avant l’interdiction du PCF. Libéré deux mois plus tard, il est intégré à l’armée et affecté à une usine des environs de Rouen. Arménien il réunit autour de lui des hommes et des femmes épris de liberté et de justice. Il commandait ce groupe.

En 1941, les Allemands et le Police de Vichy organisent une rafle d’envergure dans la zone occupée. Les Communistes Juifs ! Missak contre toute attente sera libéré. Il entre alors en clandestinité, et créé la Section arménienne clandestine de la MOI. Ces groupes de résistants attirent une jeunesse éprise de liberté, héroïque. Les FTP-MOI agissent partout contre l’Occupant : attentats, déraillements de trains, exécutions de dignitaires nazis impliqués dans les rafles de juifs. Le réseau effectue de nombreuses actions coups de poings contre le régime de Vichy. Le groupe s’illustre notamment en abattant, le 28 septembre 1943, le SS Standartenführer Julius Ritter, responsable de la mobilisation de la main-d’oeuvre du Service de Travail Obligatoire en France. Un des membres du groupe responsable de l’attentat, Marcel Rayman, était alors filé par la police française depuis plus de deux mois. De ce fait, il était facile de pouvoir arrêter 23 des membres du « Groupe Manouchian » en novembre 1943.sont visés ; et tant mieux si au milieu d’eux se trouvent de nombreux

« L’Affiche rouge » placardée à Paris et à Lyon devait mettre en garde et servir de menace. Elle devient un emblème de la Résistance et les membres du « Groupe Manouchian » seront considérés comme des martyrs de la Résistance. A la veille de l’exécution de 22 résistants communistes, plus de 15 000 « affiches rouges » sont placardées en France. Le 21 février 1944, 22 membres du « Groupe Manouchian » sont condamnés à mort puis fusillés au fort du Mont-Valérien, à l’exception de la seule femme de ce mouvement de résistance, Olga Bancic. Elle est guillotinée quelques mois plus tard.

Louis Aragon leur rend hommage en s’inspirant de la dernière lettre que Missak écrit à sa femme Mélinée : « Je meurs à deux doigts de la victoire et du but. Bonheur à ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement. Au moment de mourir, je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand. (…) Bonheur ! à tous ! J’ai un regret profond de ne pas t’avoir rendue heureuse, j’aurais bien voulu avoir un enfant de toi, comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre, sans faute, et avoir un enfant pour mon honneur et pour accomplir ma dernière volonté, marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse.« 

« Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur cœur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant »

Paul Eluard rendra également hommage à ces résistants étrangers qui ont donné leurs vies et leur sang pour défendre un idéal. Le poète dédie son poème « Légion » consacre « à la mémoire de vingt-trois terroristes étrangers torturés et fusillés à Paris par les Allemands » :

« C’est que des étrangers comme on les nomme encoreCroyaient à la justice ici-bas et concrète
Ils avaient dans leur sang le sang de leurs semblablesCes étrangers savaient quelle était leur patrie« 

Aragon l’affirme : « Nul ne semblait vous voir Français de préférence » d’étrangers et d’apatrides. Au moment où l’on s’agite en France autour de la Loi sur l’immigration ,et où on s’interroge sur ce qu’est « l’identité française », il est heureux d’accueillir cette entrée de Missak Manouchian et de Mélinée au Panthéon comme un hommage à ces étrangers résistants, aux Arméniens, aux Juifs, aux Républicains espagnols. Ceux-là ont fait le choix de la France et de la liberté !!! Cet évènement a aussi un impact très important pour tous les étrangers aussi, pour tous les immigrés. Un hommage de la nation à la résistance contre le nazisme et la collaboration bien tardif…

Et comme le dit le Sénateur Pierre Ouzoulias : « Il est essentiel de rappeler lengagement de ces «étrangers», dont beaucoup avaient fui les pogroms antisémites en Europe. Ils n’étaient pas des Français au sens de l’état civil, mais ont combattu jusqu’à la mort pour la France parce quelle était pour eux non seulement un pays, mais un projet politique, une nation animée par un idéal de liberté, d’émancipation humaine et duniversalisme. Lexpression «devoir de mémoire» est bien faible pour décrire ce qui nous unit encore à eux. Pour paraphraser Nerval, je pense que nous continuons à vivre leurs espoirs et que leurs combats vivent encore en nous. Je suis heureusement surpris de constater que les jeunes, qui cherchent parfois un sens à leur existence, sont souvent bouleversés par l’histoire de ces «étrangers morts pour la France(…) Comme le disait Jean Jaurès: « Nous en sommes venus au temps où lhumanité ne peut plus vivre avec, dans sa cave, le cadavre dun peuple assassiné.»

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