La Femme est l’avenir de l’Homme
La Femme, une histoire sans fin…
La Panthéonisation de Missak Manouchian a mis sous la lumière son épouse Mélinée. Ce fut l’occasion de parler d’autres femmes qui ont été des Résistantes de tous pays et de tous bords. On a fait anamnèse d’Olga Bancic, de Simone Veil, de Lucie Aubrac, de Geneviève Anthonioz de Gaulle, de Claire Rol-Tanguy, de Marie-Claude Vaillant-Couturier, de Danièle Casanova, de Simone Weil… Et puis, l’histoire de France foisonne de ces femmes comme Olympe de Gouges, Marie Curie, de Joséphine Baker, Madeleine Delbrël, ou Louise Michel, Rosalie Rendue… Connues ou inconnues ces femmes ont été souvent à l’initiative de la résistance, des idées modernes, fer de lance de la contestation et/ou de la revendication de droits civiques et sociaux à conquérir. Souvent on les limite à un rôle secondaire ou simplement lié au féminisme ; et bien sûr il y a plus que cela. Ailleurs aussi, il y a eu des « suffragettes » et des combattantes de la liberté. Sainte Geneviève, Jeanne d’Arc et de Agustina de Aragon… Plus près de nous Rosa Luxembourg, Sophie Scholl, Gerd Bell, Rosa Parks, Angela Davis, Mercedes Sosa, Isabel Allende, Gisèle Halimi. L’Histoire ne peut s’achever par des noms et dans un passé révolu.
La lutte pour l’égalité, pour être considérée comme égale à l’homme dans ses droits et ses devoirs sont des lieux permanents pour revendiquer des droits humains inaliénables. Cette quête n’est pas seulement française ou européenne. Elle touche de nombreux pays dans le Monde, et celles qui habitent autour du bassin méditerranéen savent ce qu’il en coûte de se battre pour revendiquer la simple justice. L’Afrique subsaharienne, le Maghreb, le Proche et le Moyen-Orient… l’Amérique latine ! Quand on évoque l’Iran, l’Afghanistan et quelques autres pays on sait pertinemment que la femme reste un objet minoré, blessé, bafoué, sans importance, cantonnée à des taches serviles ou réputées inférieures ou culturellement « bien posées ». Lorsque je vivais au Proche-Orient, et même au Maghreb, j’ai vu concrètement des exemples qu’on ne saurait raconter. Ils sont tellement hideux et discriminatoires ! Pourtant force est de constater que beaucoup de femmes se sont levées pendant la guerre en Syrie, en Irak, au Kurdistan…Armes à la main elles ont pris part comme les hommes au combat pour la liberté. Ailleurs, au Liban, en Israël, en Palestine, en Egypte, au Maghreb elles ont participé aux mouvements de libération selon des formes propres à chaque culture et à chaque pays.
Dans le milieu professionnel, politique, associatif ou militaire de plus en plus de femmes travaillent à l’égal des hommes, et ont des responsabilités signifiantes et valorisantes.
J’ai été le témoin d’actes généreux et lumineux, pleins de solidarité et d’amour auprès de nombreuses religieuses, et parmi lesquelles les Filles de la Charité au Liban, en Israël, en Egypte, en Syrie. Tout le monde connaît Sr Emmanuelle du Caire ou Sr Sophie Boueri de Bethléem, mais elles sont si nombreuses… Il y a aussi celles qui se battent dans leurs religions en étant rabbins ou imams. Dans l’Eglise protestante ou confessante cela est déjà une réalité depuis longtemps, et puis il y a l’Eglise catholique qui réfléchit au Diaconat féminin ; et qui semble un peu à la traine…
J’ai eu la chance de connaître parmi d’autres femmes exceptionnelles une femme attachante, pleine de vigueur et de volonté. C’était au Liban. Deux amies journalistes avaient m’ont permis de la découvrir d’abord par leur biographie et, puis pour de vrai…
La vérité d’une jeune Libanaise qui entre en résistance malgré elle. Les événements l’y poussent irrémédiablement. Une vérité sans fard, pleine de contrastes qui interroge l’être libanais contemporain. Ce n’est pas seulement la narration d’une vie – aussi incroyable soit-elle – d’une jeune femme libanaise au caractère trempé. Si l’on ne voyait que cela on pourrait se méprendre. C’est également l’émergence d’une idée, d’une force intérieure, la force d’une passion pour un pays et son peuple. C’est, et encore faut-il le souligner avec force, la trace de Dieu dans l’histoire de cette Libanaise. L’histoire de Jocelyne Khoueiry, grâce au talent d’écriture des deux journalistes françaises primées en 2014 par l’Œuvre d’Orient pour leur livre
« Le Camp oublié de Dbayeh » publié chez le même éditeur (Le Passeur, 2013), se déroule dans un jet continu. A aucun moment, malgré la complexité de la situation politique au Pays du Cèdre, on ne perd le fil de l’histoire. Se dessine devant nous l’histoire contemporaine de ce pays porté par l’enthousiasme de jeunes garçons et des jeunes militantes libanaises qui entrent dans l’histoire du haut de leurs quatorze ou seize ans. La mort d’Elie – son frère -, de ses cousins, de ses amis plongeront « l’indomptable » militante dans le désarroi, le doute, les pleurs, la recherche effrénée de la vérité, de la paix et du dialogue. Comment rendre le Liban aux Libanais ? … à tous les Libanais ? « L’épisode mystique » du 6 mai 1976 sera fondateur pour Jocelyne. Il déterminera à frais nouveaux son action militaire, militante et de foi. Elle met la femme au cœur de la résistance dans un devoir sacré d’enfanter ce pays que les hommes ont tant de mal à mettre debout ! Défaites et sang versé, revirements et trahisons, amitiés et déceptions seront la matrice de cette femme hors pair.
Désormais, c’est une Présence diffuse et aimante qui accompagne la destinée de Jocelyne Khoueiry. Elle a beaucoup appris de Pierre Gemayel et de son fils Bachir, tout comme de ses chères compagnes. Les évènements de la guerre ne l’ont pas épargnée. Ils lui ouvrent un nouvel horizon insoupçonné fait de rencontres inattendues à l’université, au Carmel de la Theotokos et de l’Unité à Harissa, avec Lech Walesa, avec Jean-Paul II, Benoît XVI et François. Jean-Paul II qu’elle rencontre prophétise : « Vous allez faire beaucoup pour le Liban ! ». Il ne s’est pas trompé… Les Papes successifs l’écoutent, la portent dans leur prière et leur estime. Benoît XVI l’appelle à Rome tout comme le fera son prédécesseur. Sa prière rencontre celle de Jocelyne et, sur ses motions intérieures, décide de consacrer le Liban à la Vierge Marie. Le Pape François suivra ses prédécesseurs et la nomme au Dicastère romain pour l’Apostolat des Laïcs. L’idéaliste, « la guerrière », la « tempétueuse » et humble Jocelyne sert l’Eglise et son pays, aux côtés de cardinaux, d’évêques, d’experts, d’Andrea Riccardi… Qui aurait imaginé que cette fille de Ghosta soit portée au cœur même de la chrétienté ?!?
Dans la seconde Lettre apostolique, Jean-Paul II avait demandé que ce pays ne soit pas abandonné : « La disparition du Liban serait sans aucun doute l’un des grands remords du monde. Sa sauvegarde est l’une des tâches les plus urgentes et les plus nobles que le monde d’aujourd’hui se doit d’assumer ». Elie, le jeune et doux frère de Jocelyne, avait dit à sa sœur sur son lit de mort : « N’aie pas peur le Liban ne mourra pas ! ». Le Liban vivra si les Libanais le veulent et si les contingences internationales ne le laissent pas à la merci de forces tentées par la convoitise… La lecture de ce livre est un évènement. Il se croque tel un bon fruit et nous laisse heureux. Il ravira tous les amoureux du Liban éternel. C’est simplement un livre qui nous emporte…
Dans ce monde oriental et religieux de nombreuses femmes font le choix de la lutte pour la citoyenneté, pour l’égalité de Droit devant la Loi, pour le respect de leur intimité et de leur corps, contre les préjugés et les actes repoussants. Elles y travaillent dans leur foyer comme elles peuvent, dans leurs lieux de vie, au sein de l’entreprise ou de l’atelier, dans leurs communautés religieuses. Elles s’emploient par la littérature et le cinéma, par la musique et par le chant. Elles ne sont pas que des mères potentielles mais de vraies personnes et de vraies femmes. N’a-t-on jamais eu une grand-mère, une mère, une tante ou une sœur ? La cause LGBTQ, aujourd’hui, rejoint en France, en Europe et dans ces pays la courbe des revendications transversales. C’est en fait la même chose, le même sentiment d’être dénigré(e) qui se reproduit et qui refuse d’exister. Les Nazis et d’autres régimes autoritaires sont passés maîtres dans cette illusion, qui fut horrible et redoutable. Chacun trouvait là l’étoile et la couleur qui le concernait malgré lui – malgré elle dans l’horreur concentrationnaire.
Se libérer, de venir ce que l’on est, être accepté est un combat de tous les jours. Oui, avec Louis Aragon, n’ayons pas peur de le redire – et même aux plus jeunes… « La Femme est l’avenir de l’Homme ».


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