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ESPAGNE – La marche de l’Histoire…

par | 8 Fév 2023 | Divers | 0 commentaires

L’Histoire a façonné la Méditerranée ; l’histoire des états, des mouvements sociaux, des mouvements culturels et religieux. La Guerre d’Espagne (1936-1939) a été un de ces moments laissant une forte empreinte sur les imaginaires politiques et sociaux tant en Espagne qu’en Europe.

La sortie de la dictature franquiste s’est réalisée dans le cadre de la légalité. Elle garantissait la pérennité du régime. Le roi Juan Carlos 1er accéda au trône comme successeur désigné du dictateur. Adolfo Suarez – ministre et Secrétaire général du Parti unique (El Movimiento) -, fut nommé chef du gouvernement composé de membres issus de la dictature. Cependant, le plan de Franco n’a pas exactement fonctionné selon ses attentes.

La « Loi d’amnistie », votée en 1977 par quasiment tous les Partis politiques, avait permis d’avancer vers la réconciliation et une certaine forme de démocratie… L’Espagne avait choisi une position entre deux ni hardie ni courageuse. Elle choisissait de fermer les yeux…

La classe politique reste très divisée parce que les blessures ne sont pas encore refermées. Il existe toujours une nostalgie du Franquisme dans une partie importante de la population espagnole. Le transfert des restes mortuaires du Caudillo de son mausolée del Valle de los Caidos avait suscité non seulement un certain émoi mais une contestation avérée de la part de la Droite et du Parti Vox. Espérant revenir aux affaires, ils promettent d’abroger la loi adoptée mercredi 5 octobre 2022 sur la « mémoire historique ». Ces dernières années la canonisation de martyrs de la Guerre civile avait suscité la controverse. Ce fut le cas en 2009, 2011… En 2013, la béatification collective de 522 religieux à Tarragone (nord-est) avait provoqué la colère d’associations de victimes du franquisme, accusant l’Église d’honorer les victimes d’un seul camp. En 2007, la béatification de 498 autres victimes par le Pape Benoît XVI avait déjà soulevé une forte contestation.

La Loi de « mémoire démocratique » du gouvernement de Pedro Sanchez, a enfin été adoptée (128 pour, 113 contre et 18 abstentions) après des dizaines d’années de débats. Désormais, la dictature franquiste est déclarée illégale et les titres de noblesse octroyés par Franco seront retirés. C’est, selon le Premier ministre socialiste « un pas de plus vers la justice, la réparation et la dignité » en permettant la réhabilitation des victimes du Franquisme. Cette loi donne de nouveaux pouvoirs efficaces dans la recherche des disparus. Il ne s’agit plus de personnes privées ou de groupes politiques qui, sur le terrain, essayent de retrouver des victimes, mais la « responsabilité de l’État« . Concrètement, cela signifie que ce sont les Pouvoirs publics qui vont financer les fouilles dans les fosses communes. 114 000 personnes n’ont toujours pas été retrouvées ou identifiées… Récemment le film de Pedro Almodavar « Madres paralelas » fait écho à cette quête douloureuse et malheureusement encore actuelle depuis la Guerre civile de 1936 et ses suites.

En Espagne, le procès historique des bébés volés par les Nationalistes durant la période se poursuit. Pour la première fois ces bébés volés, qui ont aujourd’hui 50, 60 ou 70 ans, vont être reconnus comme des victimes. Arrachés à leur famille – quelques fois quelques heures après l’accouchement. Après avoir « bénéficié » d’une anesthésie générale la mère, à son réveil, était informée que son bébé était mort. L’Église liée viscéralement dans sa quasi-totalité au régime fasciste et, qui décidément ne recule devant rien (!!!), simulait souvent l’enterrement de ces nouveau-nés avec un cercueil vide… En réalité, l’enfant avait été acheté par un couple proche du régime de Franco. C’était, en fait, un moyen efficace de rééduquer ces enfants et/ou de leur donner une culture chrétienne, nationaliste au seul service du Caudillo et de ses suppôts. Le Général Augusto Pinochet avait fait la même chose au Chili en prenant l’exemple sur Franco. Dans ces conditions, on comprend le ressentiment vis-à-vis de l’Eglise. Un « Parquet spécial » sera d’ailleurs dédié aux enquêtes sur les crimes du Franquisme. La majeure partie des plaintes déposées ont presque étaient toutes rejetées par les tribunaux. La Cour Suprême en 2012 ne s’était pas prononcée en faveur de tels procès. Aujourd’hui, la configuration politique de cette Cour a changé ; ce qui devrait permettre très certainement une plus grande perméabilité des demandes similaires en vue à plus de justice et de vérité démocratique.  La Justice espagnole devra donc se prononcer sur ce sujet criant, et qui demande des réponses qui ne peuvent plus être différées ou mises dans la poubelle de l’Histoire.

L’écrivain Serge Mestre, traducteur des livres de Lluis LLach vivant actuellement à Sète, narre cette histoire dans son roman « La lumière de l’oubli ».[1] Il est le fils d’un Républicain espagnol. Trente-cinq ans après avoir fui l’Espagne franquiste, Esther et Julia, désormais installées en France, se laissent envahir par leurs douloureux souvenirs qui font anamnèse. Ils remontent à la surface avec leur poids d’angoisse, de douleur et les sentiments de ruptures. Le roman nous raconte leur vie d’enfant, d’adolescent et d’adulte.

Durant ces mois de janvier et février les descendants de Républicains espagnols, leurs familles et tous ceux qui sont attachés à la vérité historique et à la Justice célèbrent le souvenir de « La Retirada ». La France et l’Espagne des deux côtés de la frontière pyrénéenne proposent des spectacles, des conférences, des concerts, des marches, des manifestations mémorielles…, et toujours et encore ouvrent les portes du musée du Mémorial et de l’exil (MUME) ; à La Junquera. « Made in Ailleurs.fr » s’associe à cette démarche mémorielle en vue de la paix, de la concorde et du dialogue entre les peuples.

[1] Il a également écrit « Les Plages du silence ».

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