Sélectionner une page

À la recherche de l’identité libanaise

par | 1 Avr 2023 | Divers | 0 commentaires

Le pays s’enfonce dans une crise aux dimensions multiples. Les biens les plus élémentaires manquent. 33 % des Libanais sont au chômage dont 36 % des jeunes, et environ 15 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

La crise économique libanaise, exacerbé par le COVID et l’explosion du port de Beyrouth en 2020 remet en cause l’un des fondements de la cohabitation du pays, le confessionalisme. Celui-ci avait permis de mettre fin à la guerre civile de 1975-1989 grâce aux accords de Taëf. Un double jeu d’équilibre s’était alors mis en place en accordant un rôle politique à chacun selon le poids social et démographique, et garantissant des postes administratifs de la même manière.

Les Libanais partagés sur la question de l’abolition du confessionnalisme estiment qu’il faut revenir sur les accords antérieurs et sur la Constitution en raison des bouleversements démographiques. Jusqu’alors le système permettait aux chrétiens de se maintenir dans une position forte lui garantissant une certaine primauté, un poids politique et social. Mais la forte natalité dans les communautés musulmanes et une forte émigration des chrétiens font que le Liban jusqu’alors essentiellement chrétien devient majoritairement musulman. Ces derniers considèrent qu’ils sont sous représentés. Un tel changement marginaliserait les chrétiens et leur leadership laissant les sunnites et les chiites face à face ; scénario redouté avec l’émergence du Hezbollah devenu un acteur politique majeur.

Les chrétiens, des « ponts »

Dans ce contexte les chrétiens peuvent jouer un rôle de facilitateurs et de ponts. Le Patriarche maronite déclarait après l’explosion au Port de Beyrouth que : « Nous tous les Libanais nous sommes tous responsables les uns des autres (…) Nous croyons fermement que le Liban se relèvera en tant qu’État avec un nouveau régime, celui de la “neutralité active ». Elle « permettrait la stabilité du pays, garantirait le bien de tous les Libanais et rétablirait l’unité de la famille libanaise avec toutes ses composantes et la beauté de sa diversité ».

L’identité libanaise est au cœur du problème. Au Pays des cèdres, les citoyens s’identifient d’abord comme chrétien melkite, musulman chiite… Avant de se dire libanais. Pourtant, en désirant construire une identité nationale, ils sortiraient le pays du cercle vicieux de la corruption et du malaise économique. Pour cela un changement radical de système est attendu pour rétablir l’égalité, mettre fin à la corruption et créer une véritable citoyenneté. Cependant, pour sortir de ces ornières (corruption, favoritisme ou népotisme), il faudrait une véritable volonté politique. MOr les hommes politiques ne veulent pas trouver de solution car celle-ci irait à l’encontre de leurs intérêts, des réflexes communautaires favorisant l’impasse, le vide politique et l’asphyxie sociale.

Les années de guerre favorisent un sentiment de repli communautaire, et entretiennent la peur de l’Autre. Il est encore difficile de pouvoir éditer un manuel d’Histoire du Liban tant la lecture des événements reste complexe. Imaginer l’émergence d’une identité, bâtir un projet commun, élaborer les contours de ce que pourrait être une citoyenneté reste difficile.

Une identité blessée

Les jeunes sont les acteurs d’une identité nationale renouvelée tenant moins compte des clivages communautaires parce que sortis du cercle vicieux communautaire, etc. Des associations telles qu’OffreJoie ou Adyan agissent de façon concrète à cette possibilité citoyenne.

L’explosion a réveillé chez les Libanais la conscience que leur identité avait été blessée. Ce choc est venu interroger le sentiment d’appartenance et une réflexion citoyenne autour des valeurs communes entre identités multiples, pratiques et recherche de justice sociale, et le désir de construire un pays en état de marche. La réaction collective a pu surprendre. Il y avait là une sorte de défiance vis-à-vis du Pouvoir. Meurtris et unis dans une même dynamique, ils se sont mobilisés au-delà de ce qu’ils pouvaient eux-mêmes s’autoriser à penser.

« Cela suffit ! » Pape François

Le Pape s’était déjà exprimé avec force à Bari en juillet 2018 au sujet du Liban : « Cela suffit d’utiliser le Liban et le Moyen-Orient pour des intérêts et des profits étrangers ! Il faut donner aux Libanais la possibilité d’être protagonistes d’un avenir meilleur, sur leur terre et sans ingérences abusives. » La citoyenneté reste à inventer au Liban. Elle donnera au Pays des Cèdres les moyens heureux et exigeants d’un renouveau.

0 Commentaires

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *